L’interdiction de la fessée a été votée à l’unanimité au Sénat il y a deux jours - et ce qui est remarquable ici, c’est l’unanimité. Parce que la question du bannissement des violences éducatives (communément appelé pour ridiculiser la mesure ‘loi anti-fessée’) est le type même de sujet aisément caricaturé.

Hémicycle du Sénat
Hémicycle du Sénat © AFP / Daniel Pier / NurPhoto

"Interdire la fessée, entend-on régulièrement, voilà bien une lubie des tenants de la société permissive issue de 1968… une bonne fessée ça n’a jamais fait de mal à personne, j’en ai reçues moi-même, je ne m’en porte pas plus mal… On veut bannir l’autorité, on fabrique une nation de lopette, une jeunesse qui ne connaitra pas de bornes"… Autant d’assertions tirées du fameux bon sens. 

Les talk-shows des chaines tout-infos, qui raffolent du clash, donnent aussi beaucoup la parole à ces polémistes entiers, dits anti-politiquement corrects, pour qu’ils débitent cette pensée-réflexe. De nombreux parlementaires ont abordé ce débat avec ces idées-là, d’ailleurs très répandues (et peut-être partagées par tous à un moment)...

Ces parlementaires, (tous !) après avoir étudié la question (non pas au bistro ni au bout d’une table d’un repas familial du dimanche, ni non plus sur un plateau de CNews mais en commission), après avoir pris connaissance des études scientifiques et médicales, comparé les sociétés qui s’inquiètent des violences éducatives et celles pour lesquelles ce n’est pas un sujet, ont décidé de voter le bannissement ! Et ce n’est pas sous la pression d’une je-ne-sais-quelle dictature bien-pensante ! La France n’est que le cinquantième pays à interdire les violences éducatives.

Cette loi peut-elle vraiment avoir un effet ? Qui va vérifier ?

Personne heureusement, quand il ne s’agit pas de vraie maltraitance. 

La loi –en général- a plusieurs fonctions. Elle crée de la norme, fixe des interdits, droits et sanctions. Mais l’inscription dans le code civil d’un interdit est aussi une affirmation de la société… comme une sorte de proclamation de ce que nous voulons pour notre vie collective. Et la fessée, ce n’est pas une question privée. 

Des études de pédopsychiatrie (sur des décennies et dans de nombreux pays) montrent (c’est ce que les sénateurs ont appris) que la violence se reproduit, enferme dans un système pour la vie et pour toute la société. La violence est une forme de communication. On est attaché à la civilité et l’on déplore souvent qu’elle se perde. Ceux-là mêmes qui regrettent une époque où les enfants étaient plus respectueux, plus polis, font un lien avec justement l’époque où la violence éducative était de mise. Mais en réalité, l’autorité (nécessaire) et l’apprentissage du respect de l’autre ne passe par la violence. 

La société, dans son ensemble, était plus polie, certes,  mais aussi beaucoup plus violente. Le retour souhaitable d’une plus grande civilité dans nos rapports sociaux ne passera par un retour du châtiment. La loi est là très utile, simplement pour que (quand, à bout, tenté de donner une petite fessée) l’on puisse se dire, à soi-même : ‘c’est interdit !’… ça a été interdit à l’unanimité ! Ce vote n’est pas ridicule ! C’est même un petit pas de civilisation. Par les temps qui courent,  c’est toujours bon à prendre.

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