A 6 jours du premier tour des législatives, flotte un air de "déjà joué", comme si les partis politiques et les électeurs avaient le sentiment que cette bataille là était déjà menée. Tout ça à cause d'un maudit calendrier ! Et oui, aussi sûr que si le nez de Cléopâtre avait été plus court, c'est la face du monde qui en eut été changé ; et bien si en 2001, Lionel Jospin n'avait cédé à la tentation de modifier la loi électorale en espérant en tirer un profit personnel, et de placer après des élections législatives normalement prévues avant la présidentielle, et bien nous n'en serions pas là ! Sans parler de la nature même du régime qui en aurait été passablement modifié et aurait sans doute gagné en "parlementarisation" du pouvoir, la campagne pour sûr eut été différente. Projets contre projets, au pluriel, avec des chefs de campagne dans chacun des camps certes, mais autant d'acteurs qu'il y a de circonscriptions, et au bout du compte, une présidentielle qui aurait validé le programme d'un parti ou d'une alliance, en choisissant un homme ou une femme en mesure de le mettre en oeuvre. Ce n'est évidemment pas du tout ce qui se passe aujourd'hui. Plus question d'avancer un programme ou un projet alternatifs, avez-vous entendu parler de quoi que ce soit qui se rapprocherait d'une idée politique depuis quelques jours ? Le débat se réduit au pour ou contre. Pour donner une majorité au président dit l'UMP, contre donner les pleins pouvoirs au président disent la gauche et le Modem. Mais comme ce scrutin législatif intervient en plein état de grâce du nouveau président, s'agissant de Nicolas Sarkozy d'ailleurs, ce n'est plus de la grâce, c'est de l'apesanteur, et comme le scrutin uninominal majoritaire à 2 tours est un véritable couperet pour tous les petits candidats, et bien il faut s'attendre à un effet massue. La chronologie des élections a cet effet notable, sinon pervers qu'elle amplifie la victoire et la défaite de chacun des camps. L'UMP créditée d'environ 40% des voix pourrait remporter plus de 400 sièges de députés; le parti socialiste avec 27%, une centaine de circonscriptions; tous les autres seraient réduits à la portion congrue. Cette future chambre bleue horizon prévisible valide d'ailleurs l'argument des pleins pouvoirs développé par la gauche et le Modem de François Bayrou. Avec 400 députés et 155 sénateurs déjà acquis, l'UMP détiendrait à elle seule, plus de 60% du parlement. Le seuil nécessaire pour valider toute réforme constitutionnelle par exemple. Autant dire qu'en guise d'ouverture, on s'apprête surtout à connaître au parlement le règne du parti unique. Une première. Effet indirect donc de cette fichue inversion du calendrier électoral. Ah, si le nez de Cléopâtre avait été plus court.

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