Le 22 mai dernier sortait en librairie, "De l'audace !", un livre d'entretiens de Bertrand Delanoë. Alors, le maire de Paris, candidat supposé au poste de premier secrétaire du PS a-t-il réussi son lancement de campagne ? Cela aurait du être une vague. Une vague immense qui aurait tout emporté sur son passage ; elle serait née avec ce livre, aurait grandi encore le 22 juin prochain lors du "Vivement dimanche" de Michel Drucker dont Bertrand Delanoë est l'invité vedette, elle aurait soulevé les Français, les fédérations socialistes, elle aurait suscité l'enthousiasme et l'engouement, elle aurait surtout rassemblé les innombrables goutelettes qui composent aujourd'hui le PS. Surfant seul, sur la crête de la vague en novembre prochain, Bertrand Delanoë aurait triomphalement succédé à François Hollande ! Dans le langage des proches du maire de Paris, on appelait déjà ça "l'instant Delanoë". Cet instant T qui marque le point de départ d'une courbe forcément exponentielle. Et puis quoi ? Et puis "pschitt" ou plouf !? Ce n'est pas forcément la bonne onomatopée pour dire comment la vague n'est restée qu'une vaguelette, mais ça fait quoi une vaguelette qui clapote ? En tout cas, à l'instant T où nous parlons, Bertrand Delanoë a surtout réussi à soulever autour de lui, des digues, d'innombrables digues. En agitant "l'épouvantail sémantique" du libéralisme, "je suis libéral et socialiste", il espérait apparaître comme le déverouilleur de débats, le porteur du parler vrai et affranchi, le chantre de la modernité assumée du parti socialiste. Effets garantis mais totalement inverses ! Même s'il a sans doute enfoncé une porte déjà ouverte, oui, le PS est libéral et socialiste depuis 1983 même s'il a du mal à le dire, il a hérissé le poil de tous ceux qui préfèrent définir autrement aujourd'hui l'identité socialiste, et il a surtout suscité un débat surréaliste aux yeux de beaucoup. Grâce à lui, sa principale concurrente Ségolène Royal qui n'en demandait pas tant, a été immédiatement catapultée à la gauche du PS, avec pour effet collatéral un dialogue entamé avec le leader de la LCR, Olivier Besancenot. Pendant ce temps là, la gauche du PS, incarnée par Benoit Hamon et Henri Emmanuelli, traitait sa social-démocratie assumée de "ringarde". Martine Aubry qui aurait pu être son alliée, lui faisait un procès en socialisme, rien de moins. "Nous sommes socialistes assénait-elle dimanche dernier, il n'y a pas besoin d'accoler d'autres épithètes, ceux qui ont honte de le dire n'ont rien à faire dans notre parti". Du coup, face à ces empoignades verbales, le plus tempéré des socialistes, le président du groupe PS, Jean-Marc Ayrault, en est venu hier à réclamer une halte au feu entre le cartel du non, et les diverses coalitions en cours ! Tandis que les militants socialistes dans les fédérations ne bougent pas d'un cil, se demandant comment tout cela va finir, les Français, eux, par voie de sondage, disent leur perplexité face à un positionnement politique qu'ils ont du mal à comprendre. Bon alors finalement, qui est libéral, social, social-dém, socialiste dans ce parti ? Et si tout le monde est au centre, où est la gauche ? Seul à soutenir haut et fort la démarche de Bertrand Delanoë, "Delanoë, c'est Jospin en mieux" dit-il, Claude Allègre. Et ça, sincèrement, au sein de l'appareil socialiste, ce n'est pas un signe très encourageant ! La vraie chance du maire de Paris pour prendre le leadership du PS était d'apparaître comme un rassembleur, c'était le pari de son lancement de campagne, il a surtout jusqu'ici beaucoup divisé. Il n'y a clairement pas aujourd'hui de dynamique Delanoë, de vague porteuse et ravisseuse. Il n'y a pas de "ravissement" Delanoë, comme il y a eu à l'automne 2006, un "ravissement" Royal.

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