Etat des lieux des listes souverainistes, à deux jours des élections européennes. Les souverainistes incarnaient le « non » de droite qui s'est exprimé lors du rejet du traité en 2005. Les souverainistes, cette fois-ci, sont représentés par trois listes. Le "Front National" bien sûr, les listes "Libertas" de Philippe de Villiers et Fréderic Nihous et les listes "Debout la République", du député maire d'Yerres dans l'Essonne, Nicolas Dupont-Aignan. Trois familles souverainistes qui ne sont pas nées de nulle part et qui représentent chacune une réalité politique plus ou moins profondément ancrée dans le terrain idéologique de notre pays. Le "Front National" est souverainiste parce que nationaliste et attaché à une conception identitaire du pays. L'Europe est, pour le FN, un abattement des frontières, une menace d'invasion et un risque de démantèlement de la France éternelle. La liste "Libertas", c'est différent, même si elle chasse, en partie, sur les mêmes espaces idéologiques. Si l'on reprend la fameuse classification des droites de René Rémond, on peut aussi placer "Libertas" dans la catégorie des Légitimistes, pas à cause de l'imagerie chouanne qui entoure le vendéen Philippe de Villiers mais plutôt parce que la frange de l'électorat traditionaliste, chrétienne-militante et nostalgique d'une société d'ordre, peut se reconnaître dans le discours et l'allure de l'élu de Vendée. Lui préfère souvent se définir comme une sorte de néogaulliste, notamment quand il parle de l'Otan. Il vient pourtant de l'UDF, donc de la famille des orléanistes atlantistes, très porté sur la construction d'une Europe politique. Aujourd'hui, au contraire, il représente une droite attachée à défendre les traditions, le terroir dans une France qui, il y a à peine deux générations, était des champs plus que des villes. C'est une droite, Loden en ville et veste de chasse à la campagne, conservatrice assumée. Il lui fallait un versant plus populaire. Voilà pourquoi l'aristocrate volubile du Puy du fou s'est pacsé avec Frédéric Nihous de "Chasse, Pêche, Nature et Tradition". En tout bien tout honneur bien sûr, on est quand même à droite de la droite ! Le noble et les paysans, dans une sainte alliance pour bouter le technocrate libre échangiste de Bruxelles, hors de France. Le troisième, Nicolas Dupont-Aignan, c'est un gaulliste, social et de tradition. S'il n'était pas né bien après la guerre, il nous aurait assuré avoir entendu l'appel du 18 juin sur son poste à galène. Il semble toujours se trimballer avec un vrai morceau de vraie croix de Lorraine dans le coffre de sa DS ! En fait, c'est plutôt un nostalgique de 58, des débuts de la cinquième République ! Une sorte de Michel Debré du 91. Cet homme est en permanence scandalisé par l'absence de souveraineté populaire en Europe. Il n'est pas pour autant nationaliste étriqué et réactionnaire. Il veut une Europe de coopération entre les Etats. L'Europe du Concorde et d'Airbus. En réalité, l'un des points communs entre ces trois listes c'est leur caractère populiste (restons avec René Rémond, ça les classe plutôt dans la catégorie bonapartistes). Le terme « populiste », contrairement à une acception courante, ne désigne pas forcément l'extrémisme ou la démagogie. On ne peut pas taxer, par exemple, Nicolas Dupont-Aignan de démagogue ou d'extrémiste. Pour Villiers ou Le Pen, ce sont des qualificatifs qui leur vont mieux au teint. Le populisme, c'est d'abord une façon de gouverner en s'adressant directement au peuple, en le prenant à témoin, préférant le plébiscite à la représentation. Le peuple est lié à la Nation. Donc, la construction européenne est forcément vécue comme une destruction de la Nation. Ce courant souverainiste, même divisé, pèse depuis très longtemps de 10 à 15%, si l'on additionne les intentions de vote que nous proposent les instituts de sondages, on est bien, aujourd'hui, dans cet ordre de grandeur.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.