Plusieurs responsables politiques demandent un référendum sur la réforme des retraites.Oui, Jean-Luc Mélenchon, Ségolène Royal…et mercredi matin sur France Inter Marine Le Pen, demandent que les Français soient consultés sur le maintien ou non de l’âge légal du départ à la retraite à 60 ans. Est-ce une bonne idée ? Ni oui, ni non répondrait l’éditorialiste normand… et il aurait raison parce que la pertinence d’une proposition de référendum se juge non pas au sujet mais à la question… Alors, constitutionnellement, une consultation sur le sujet des retraites est tout à fait faisable, à l’initiative du président de la République (comptez-y) ou à celle de l’opposition après, quand même, une grosse opération de collecte de signatures puisque, depuis la modification des institutions d’août 2008, le référendum d’initiative populaire existe enfin en France. Il faut quand même 4 millions de signatures. Donc c’est techniquement possible mais très peu probable puisque la majorité est contre et que l’ensemble de l’opposition n’est pas pour… Et puis quel serait l’intérêt d’une telle consultation ? Tout le monde dit que le problème des retraites n’est qu’un élément d’une question plus vaste, englobant le chômage des séniors, la dépendance, la place des plus anciens dans notre société ? Comment trouver une question assez simple pour laquelle on pourrait répondre par oui ou par non. Quelle serait la pertinence d’une question simple du genre « êtes-vous favorable au recul de l’âge légal du départ en retraite ? »…qui pourrait répondre sans savoir ce qu’il en est de la prise en compte de la pénibilité, des régimes spéciaux, des garanties sur le montant des pensions et surtout de la durée de cotisation ? On pourrait tout simplement soumettre le projet de loi aux Français !?Ça veut dire qu’il faudrait que l’on demande aux français d’évaluer la véracité des projections, des mécanismes de financement. Les parlementaires qui sont priés d’y travailler en notre nom sont faits pour ça. Lors du référendum de 2005, il s’agissait de textes fondateurs, certes techniques mais qui avaient trait à la souveraineté. Les français se sont emparés du débat d’une façon d’autant plus justifié qu’au départ, il ne divisait pas la classe politique de façon classique, droite-gauche. La réponse a d’ailleurs été un message, une sacrée leçon utile à une classe politique et aux commentateurs qui ont pu mesurer le décalage entre ce qu’ils pensaient, très largement, et le sentiment de la majorité de la population. Un référendum sur la retraite n’aurait pas ces vertus puisqu’il y a une position claire défendue par l’opposition et une position claire (enfin qui le sera bientôt) défendue par la majorité. Le risque serait donc que la population consultée, ne réponde pas à la question posée mais réponde à celui qui la pose… c’est à dire au président de la république. Or, pour ceux qui voudraient répondre au président de la république…en clair, le sanctionner ou lui apporter leur soutien, hé bien ils en auront le loisir dans moins de deux ans. Mais puisque la question des retraites divise de façon assez classique, la gauche et la droite, puisqu’elle s’intègre dans une vision, beaucoup plus large, de ce que devrait être la société, la place du travail, le rapport entre les générations, la fiscalité, il faudrait plutôt réclamer à la majorité, comme à l’opposition, de faire de ces questions les sujets centraux de la prochaine élection présidentielle. La campagne présidentielle est en France le seul moment où plusieurs visions d’ensemble s’affrontent. La retraite et la fiscalité comme sujets principaux de la campagne 2012, voilà qui paraîtrait logique. Le président ou la présidente élu(e), aurait, dès mai 2012, toute légitimité pour réformer après un débat de plusieurs mois tranché par l’élection reine.

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