Nous sommes à six jours du premier tour des législatives et c’est une campagne étrange, qui est loin de faire la Une de l’actualité !

Oui, alors il y a lassitude ! On sort d’une campagne présidentielle, le moment fort de notre vie politique. On est comme en descente, pour parler en spécialiste des addictions. Il y a aussi des raisons d’ordre institutionnel. L’intérêt que l’on porte à l’élection de nos députés est à la mesure du rapport de force exécutif/législatif en France. On a souvent parlé, pour le Parlement, de chambre d’enregistrement de l’exécutif. C’est presque ça… Le Parlement cumule bien des handicaps et insuffisances, que la réforme de 2008 -malgré quelques avancées- n’a pas réussi à combler. Loin de là. Elle n’en avait sans doute pas tout à fait l’ambition, d’ailleurs. D’abord les projets de loi, c'est-à-dire les textes d’origine gouvernementale ont toujours l’avantage sur les propositions de lois, d’origine parlementaire… Il en va de même pour les amendements. Les débats qui précédent les votes tiennent plus souvent du jeu de rôles partisan que de l’échange d’arguments. La discipline et le panurgisme de groupe dominent. Les élus ne représentent pas vraiment le spectre politique du pays. Le fait majoritaire, utile pour que la majorité soit stable est, en réalité écrasant. C’est un éteignoir à débats autant qu’un allumeur de polémiques qui favorise la réforme par le conflit plutôt que par le contrat. Tous les partis en conviennent désormais puisque tous, du FN au Front de Gauche (UMP et PS compris) sont maintenant favorables à l’introduction d’une dose, plus ou moins importante, de proportionnelle. Une réforme en ce sens, applicable en 2017, sera donc certainement réalisée pendant la prochaine législature… quelque soit le vainqueur le 17 juin.

Finalement, pour ces élections, on ne s’intéresse qu’à quelques cas locaux…

Oui, on se concentre donc sur des combats locaux, significatifs ou spectaculaires. Le Pen/Mélenchon bien sûr, et quelques cas de personnalités importantes, comme François Bayrou ou des ministres ou anciens ministres menacés. Mais en fait, on commet collectivement un impair politique puisque de ces élections, ne vont pas sortir simplement une assemblée peu puissante mais aussi et surtout un gouvernement et un Premier ministre. Nous avons choisi un homme et nous allons maintenant choisir une politique ! Nous avons choisi une tête, nous allons choisir des bras ! Aussi faible soit-elle dans son travail législatif et dans son rôle de contrôle de l’exécutif, c’est de l’Assemblée que procède le Premier ministre. Si la gauche gagne, comme les sondages semblent l’indiquer, le Premier ministre restera Jean-Marc Ayrault… si la droite gagne, le Premier ministre sera très certainement et logiquement le chef du parti majoritaire : c'est-à-dire Jean-François Copé. L’élection législative est donc aussi, de façon indirecte, une élection de Premier ministre. Au premier tour c’est comme une élection locale, au second tour, c’est un duel Ayrault/ Copé pour Matignon, que les citoyens vont arbitrer. Une sous-présidentielle, en quelque sorte. Pas étonnant, dans ces conditions, que ce matin ce soit la reine d’Angleterre ou le dépeceur canadien qui leur volent la vedette !

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