Un pont est-il possible entre le RN et la droite classique ? Et ce pont s’appelle-t-il Marion Maréchal ?

Pour répondre à cette question qui équivaut à se demander si l’extrême-droite peut accéder au pouvoir, il faut faire un peu d’histoire. Le FN, créé en 1972, était un conglomérat des extrêmes-droites groupusculaires plus ou moins fascisantes que JM.Le Pen avait réussi à unir, à la faveur de l’arrivée de la gauche au pouvoir et par son charisme personnel. Entaché d’un double péché, la collaboration et l’Algérie-Française, le FN d’alors était absolument infréquentable pour la droite républicaine. La droite d’avant-guerre s’étant fourvoyée dans le pétainisme, la droite d’après-guerre, renouvelée, gaulliste ou démocrate-chrétienne, s’affirmait, pour la 1ère fois, totalement républicaine. Lors de la guerre d’Algérie, une partie de l’extrême-droite bannie s’est réveillée, rejointe par des officiers et des personnalités qui se sont sentis trahis par de Gaulle et la République. Voilà l’armature du FN des origines. Cette histoire en deux guerres est la cause du mur hermétique qui séparait la droite et le FN. JM Le Pen, admirateur de Pétain, antigaulliste et peu républicain dans l’âme, ne pouvait pas espérer d’union ! L’impossibilité atteint son comble quand Jacques Chirac se fait largement réélire, contre Le Pen en 2002, avec la gauche unanime.

Puis Marine le Pen a repris le flambeau et voulu ‘républicaniser’ le FN afin de le rendre fréquentable.

C’est l’opération dédiabolisation, menée avec Florian Philippot. Marine Le Pen est même devenue officiellement gaulliste, laïque (notion que son père, partisan de la France fille ainée de l’église, exécrait). Et pourtant la droite classique a continué à refuser l’alliance, à cause de l’Europe. La droite pro-européenne et libérale se serait dénaturée en s’alliant au FN, souverainiste et populiste. Mais pendant que les cadres UMP puis LR se montraient rétifs à l’alliance, leurs électeurs, eux, franchissaient le pas... Voilà comment le rapport de force s’est inversé. Le FN, devenu RN, est maintenant la grande puissance du flanc droit du paysage politique. Dès lors, Marine Le Pen ne veut plus forcément d’alliance mais plutôt remplacer une droite à ce point affaiblie. C’est à ce moment-là que Marion Maréchal pointe son nez et semble proposer une autre force conservatrice pour prendre le pouvoir de concert avec le RN et ce qui reste de la droite classique. Mais le marion-maréchalisme est une force creuse pour l’instant. Pas de troupe, son école est vide mais elle a des amis ébahis dans les pages ‘débats’ de la presse conservatrice. Paradoxe et retournement historique, c’est justement sur des valeurs proches  de l’extrême-droite de JM.Le Pen, attachées à un héritage chrétien fantasmé, plus qu’aux valeurs de la république, que la nièce Le Pen veut tenter ce rapprochement. En réalité, Marine Le Pen et Marion Maréchal rejouent (en l’actualisant et en la rendant familiale) une vieille controverse de la droite radicale française : le populisme bonapartiste autoritaire vs le légitimisme antirépublicain réactionnaire... la lente mort de la droite modérée issue de la libération, laisse la place à ce combat entre deux visions radicales qui, pour l’instant, sont loin de pouvoir s’entendre et envisager d’être majoritaires dans une France en réalité de moins en moins conservatrice.

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