"Le Figaro" publie une tribune de Marine Le Pen sur le Général de Gaulle…

Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National (photo du 17/04/2020)
Marine Le Pen, présidente du Rassemblement National (photo du 17/04/2020) © AFP / Thomas Coex

Depuis plusieurs années, Marine Le Pen dit s’inscrire dans la lignée du général de Gaulle… de quoi faire s’étrangler ceux qui ont quelques notions d’histoire contemporaine ! 

Mais pour la première fois, effectivement, la patronne du RN tente ainsi (noir sur blanc) d’expliquer son gaullisme. Est-ce une conversion tactique ou idéologique ? A lire ce texte érudit, on sent une autre plume… Comme celle, sans doute, de Paul-Marie Couteau, ce haut fonctionnaire lettré qui œuvre depuis des lustres -et en vain- pour la réunion des droites. 

En fait, plus qu’une conversion idéologique, ce texte dit le froid constat du talent politique et de la grandeur du général de Gaulle. Marine Le Pen admet que, devant l’histoire, c’est lui qui finalement a gagné. Elle n’avalise pas explicitement ses choix politiques (notamment sur l’Algérie) mais pour ce qui est de la capacité à incarner la grandeur de la France (une France éternelle d’Hugues Capet à la République), il est bien (dit-elle en substance) le plus fort. 

Marine Le Pen reprend la double exigence souvent répétée par de Gaulle, sorte ‘d’En même temps’ gaullien: l’ordre et le mouvement… Ces deux mots, assez abstraits, permettaient au général de rester vague (surtout dans sa deuxième vie politique) et de s’adapter aux circonstances, de justifier, par exemple, l’Algérie Française puis l’indépendance. Flou qui sert aujourd’hui à Marine Le Pen de porte d’entrée dans le gaullisme. 

Le texte de ce matin est l’acte officiel du ralliement entamé depuis la prise de pouvoir de la fille sur son père.

Jean-Marie Le Pen était, lui, furieusement antigaulliste !

Il faut se souvenir que le FN a été créé en 1972 par une douzaine d’hommes (dont Le Pen) tous entrés en politique par le pétainisme ou l’Algérie Française. Ils avaient été (et le clamaient) du côté de ceux qui ont voulu assassiner de Gaulle

Le FN était même la dernière relique de la droite antirépublicaine. Le héros personnel de Jean-Marie Le Pen était (est toujours) Cadoudal, un Chouan légitimiste qui avait tenté d’assassiner Napoléon. Pour Le Pen, de Gaulle a sauvé deux fois ce qu’il détestait le plus : la République. 

Marine Le Pen, née après la guerre d’Algérie, refuse désormais cette lignée de losers pestiférés de l’histoire, à qui l’accession au pouvoir était impossible. Elle prend, finalement comme chacun, ce qui l’arrange dans le gaullisme… Pour elle, ce sera la grandeur de la France, l’insoumission, la défiance envers les élites. 

Voilà pourquoi le gaullisme est si pratique. Par ce texte (plus lyrique qu’idéologique), Marine Le Pen fait comme toute politique qui recherche l’envergure : elle entre dans la cabine d’essayage de l’uniforme du général. L’idée, c’est d’en ressortir pas trop ridicule, de laisser penser qu’elle puisse occuper la fonction que de Gaulle a créée. 

Mais quand on lit sa tribune, on n’entend pas la voix de Marine Le Pen… Le texte parait, au mieux, comme une bizarrerie opportuniste.

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