« Abus de pouvoir », le livre de François Bayrou, est sorti chez Plon. Et je dois avouer que j'ouvrais ce livre avec un peu d'appréhension. Ces derniers mois, le leader centriste s'était illustré par une opposition sans faille sur le thème de l'abus de pouvoir. Et ces dernières semaines, au travers de quelques interviews dans la presse écrite, il développait ce sujet de façon assez particulière. Pour lui, le Président de la République conduit la France sur un chemin qui n'est pas celui de la France. Le projet planifié de Nicolas Sarkozy serait de faire passer notre pays du côté obscur de la force, du côté des anglo-saxons, du libéralisme et de l'argent roi. Il y avait, derrière ces arguments, un petit quelque chose de gênant. François Bayrou parle de notre « instinct de peuple » ou dénonce ces « gens qui vont chercher leur modèle ailleurs ». Ça avait une sonorité qui pouvait prêter à confusion... une critique de caractère identitaire, une sorte de prétention à représenter la vraie France mieux que le président qui serait, en quelque sorte, porteur d'une politique de trahison. Pourtant, François Bayrou, fils de paysan, devenu agrégé, enraciné pétri de culture, amoureux de Péguy et d'Hugo, n'est pas du genre à développer une pensée du style « la terre ne ment pas » face à un président, ami de la finance, qui ne connait ni la campagne, ni la littérature. Mais, aux vues de ses dernières interviews, on pouvait se demander s'il ne se sentait pas plus français que Nicolas Sarkozy. Doute perçu et utilisé par Alain Minc qui n'a pas manqué de qualifier le centriste de "Le Pen Light". (Alain Minc, qui -dans le livre- en prend pour son grade sur deux pages assez savoureuses). Je dois avouer qu'une ou deux fois -avant de lire le livre- j'ai commencé à écrire un édito pour moquer ce ton « vraie France ». Et puis, au-delà du malaise, finalement, je n'avais pas d'arguments décisifs. En fait, il n'y en n'avait pas. Si j'évoque ici ces états d'âmes d'éditorialiste, c'est que je pense que certains lecteurs auront ce type d'impression en commençant le livre. Mes impressions premières se sont vite dissipées. François Bayrou ne parle pas d'identité mais de valeur ! Là est toute la différence. Il critique très violemment le président, certes, mais au travers de ce réquisitoire rédigé par lui (c'est bon à signaler), il rappelle les grands principes sur lesquels la France Républicaine, laïque et sociale, s'est construite. C'est de cette France là dont il s'agit. D'une France que l'on croyait évidente, celle des frontons « liberté-égalité-fraternité ». L'égalité n'étant pas le deuxième mot mais le mot central. François Bayrou reprend tous les épisodes de ces deux dernières années, du Fouquet's à l'affaire Peyrol. Épisodes qui prouvent, selon l'auteur, que le Président a mystifié les Français. Les symboles et les références historiques utilisées par le candidat Sarkozy ne permettaient pas de déceler le véritable dessein du président Sarkozy. Le passage sur la laïcité et l'analyse du discours du Latran à Rome est particulièrement bien ficelé. François Bayrou, par ailleurs croyant, démonte avec rage la phrase suivante, tirée de ce discours : « la morale laïque risque toujours de s'épuiser quand elle n'est pas adossée à une espérance qui comble l'aspiration à l'infini ». Qu'un président de la République puisse prononcer une telle phrase qui prétend redéfinir ainsi la laïcité, le Républicain Bayrou ne le supporte pas. Cette charge sur l'essentiel, sur le noyau dur de notre consensus national, est à rapprocher d'un autre livre, qui défend de façon très érudite, à peu près les mêmes thèses et qui vient, non plus du centre mais de la droite. Je veux parler du livre d'Alain-Gérard Slama, prof à Science -Po et chroniqueur au Figaro-Magazine et à France culture, "La société d'indifférence". Ces deux livres parlent de ce soudain besoin de République ressentie confusément par beaucoup de Français de tous bords. __ LIVRES : « Abus de pouvoir », de François Bayrou, ed. Plon. « La société d'indifférence », d'Alain-Gérard Slama, ed. Plon.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.