De sondages en sondages, Marine Le Pen renforce sa position.Oui, et dans le baromètre BVA de ce mois-ci, la cote d’influence de Marine Le Pen est à 27 points, là où son père plafonnait à 17/18 points ; Marine Le Pen est plus populaire auprès des sympathisants de droite que Jean-François Copé ou Xavier Bertrand ! Ces chiffres, sur la durée, battent en brèche une vieille analyse : celle qui voulait que, plus Jean-Marie Le Pen était provocateur, plus il réalisait ses fameux dérapages contrôlés, plus, finalement, il progressait. La machine Le Pen c’était ça : la diabolisation assumée comme carrosserie blindée, la provocation comme carburant électoral, la transgression comme système d’allumage. Auto-diabolisation, provocation, transgression, c’était la formule du succès... On s’aperçoit maintenant que c’était aussi la limite du système Le Pen. Ce qui s’est passé la semaine dernière au sein du FN, avec ce différent entre le père et la fille sur l’expulsion ou non d’un militant qui avait été photographié, le bras tendu, façon salut nazi, illustre l’évolution, stratégique du FN. Marine Le Pen veut complètement « défasciser » son parti. Elle a su en finir avec la diabolisation sans perdre la base des exaspérés. Son recentrage républicain, même si c’est une supercherie, l’a rendu plus forte. Cet exercice de normalisation n’était pas évident et on pouvait penser que le charisme gueulard et protestataire du père allait manquer et que la stratégie de ramollissement du message de Marine Le Pen allait faire fuir l’électorat le plus en colère. Il n’en est rien. Dans son discours du 1er mai, Marine Le Pen a même été jusqu’à citer de Gaulle, Jaurès et des révolutionnaires de 1789 et à prononcer 77 fois le mot « liberté » !Oui et si vous rajoutez un discours de plus en plus social, on est dans une stratégie de triangulation inspirée de Blair-1997 et Sarkozy-2007 : des paroles de droite sur un air de gauche ou l’inverse. Ce brouillage fonctionne d’autant plus que l’inculture politique progresse. Pouvoir faire une ode vibrante à la République tout en glorifiant les vrais Français de souche, bref, brasser tant de contradictions idéologiques c’est un peu comme chanter « Maréchal, nous voilà » sur l’air du « chant des partisans » ! Ce pot-pourri est, de façon inespérée, crédibilisé, par les reprises de certains des grands standards frontistes par Claude Guéant. Si Jean Ferrat avait chanté du Sheila, certain auraient pris ça pour du Aragon… Quand une parole provocatrice est recyclée par la voix la plus autorisée, celle du ministre de l’Intérieur, quoi de plus efficace ? Du coup Marine Le Pen gagne sur tous les tableaux. Sa position de départ était forte parce qu’en dehors des clous, elle ne s’est pas affaiblie avec l’opération de dédiabolisation… mais, en plus, ceux que la provocation pouvait rebuter sont rassurés… Ils sont libérés, ne se retiennent plus… L’effet validation Guéant agit en booster du discours frontiste (et je sais que la comparaison va me valoir quelques mails), comme la position de Laurent Fabius pour le NON au référendum de 2005 avait eu un effet de validation des discours « Nonniste » auprès d’une bonne partie de l’opinion. La comparaison n’est que mécanique bien sûr et elle s’arrête là. Ça fonctionne comme une ouverture de vannes. Et pour Marine Le Pen, les vannes ont été largement ouvertes avec les débats sur l’identité nationale, le discours sécuritaire du Président à Grenoble, l’été dernier, et les phrases chocs de Claude Guéant. Sarkozy, Besson, Guéant et le talent de Marine Le Pen, voilà quelle est maintenant la formule magique du FN.

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