Hier, à l’occasion d’un colloque organisé par la fondation J.Jaurès sur le thème de la gauche au pouvoir, F.Hollande a vanté la société de compromis.

Oui, la gauche c’est une série de compromis à t-il répété. On retiendra celui-ci, qui, dans la bouche d’un président socialiste en pré-campagne, n’est pas andain, « le compromis entre l’économie de marché et le respect du bien commun »… En réalité depuis toujours, quand elle est au pouvoir, qu’il s’agisse du tournant du XXème siècle, du cartel des gauches, du Front Populaire, de la Libération, de 81 ou 97, la gauche a réformé, souvent profondément, en passant par le compromis… Elle gouvernait en prose mais, presque toujours (sauf avec Mendes-France et Jospin), elle accompagnait son action d’une poésie déclamée en vers inspirées de l’histoire glorieuse des luttes, hantée par le phantasme de la révolution. François Hollande, lui, au contraire, tient un discours, du moins depuis 2014, en rapport avec une action qui se veut patiente et besogneuse si non laborieuse. On notera aussi cette phrase totalement dénuée de ce lyrisme qui faisait traditionnellement le succès de la gauche de tribune : « les évolutions essentielles, dit le président, se gagnent par des réformes graduelles ». On est loin de la lutte des classes ! Ou alors « moderniser c’est rééquilibrer les comptes », ce n’est pas un couplet de l’Internationale ! Plutôt une invitation aux Nuits-debout à aller se recoucher !

Est-ce que l’éloge du compromis peut faire office de positionnement pour sa campagne de 2017 ?

C’est ce que souhaite François Hollande. Il lui sera rétorqué que cette méthode n’a pas vraiment fait ses preuves le concernant. Certes il a, avec les lois Sapin en 2013, par exemple, réformé un peu l’emploi par le compromis. Un compromis avec les syndicats réformistes, c’est à dire pas grand monde mais De même pour la loi Macron (et c’est tout un symbole pour un compromis) qui a même dû être imposée par le 49.3, comme, sans doute bientôt pour la loi El Kohmri. Les intentions vertueuses de faire passer la gauche (et plus généralement la France) d’une logique d’affrontement à une logique de compromis, se heurtent, au caractère national, au reste de fascination pour la lutte des classes à gauche, au grand kiff de la droite pour le chef sachant « cheffer », comme dit JF Copé. De plus, vouloir proposer de passer de l’affrontement au compromis, sans proposer de changer nos institutions faites en 1958 pour un général chargé de terminer une guerre, parait quelque peu illusoire, surtout avec une élection présidentielle dont la logique conduit à radicaliser chaque camp. Mais ce pari de la modération, et surtout de la patience du peuple de gauche pourtant exaspéré par l’impuissance publique et la persistance des inégalités, a l’avantage de correspondre à la vérité politique de François Hollande, du Hollande Delorien, que trop de tactiques politiciennes ont trop longtemps masqué. Pari très osé, mais face à une droite qui est en train de se caricaturer dans un concours de taille de réformes à la hussarde et de postures bonapartistes, ce n’est peut-être pas si mal vu.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.