Hier, gauche et droite ont lancé un appel à la mobilisation des Français pour les élections municipales de dimanche prochain et une mise en garde : "Attention, les sondages ne font pas l'élection". Ah les effets psychologiques des sondages électoraux, quelle plaie ! Hier UMP et PS se sont unis sous un même slogan : "Méfiez vous des sondages" a lancé le parti socialiste qui, a priori, devrait être euphorique eu égard aux résultats prédits, mais qui, en réalité, s'inquiète de la démobilisation de ses électeurs. "Ah, la gauche a déjà gagné ? Bon, ce n'est peut-être pas la peine d'aller voter." Et c'est comme ça qu'on se retrouve le 16 mars, avec des résultats bien en deça de ceux escomptés. Dans les commentaires, une relative victoire devient alors une relative défaite. Politiquement, le PS a tout intérêt à minimiser les gains à venir, afin de pouvoir les amplifier éventuellement les soirs de scrutin. La droite, à l'inverse, veut croire que la bérézina qu'on lui prédit est de nature à remobiliser ses propres troupes. Elle aussi a intérêt à anticiper sa défaite ; si la claque est moins sévère que prévu, cela pourrait se transformer en mini victoire ! Oui, c'est un peu du billard à 10 bandes, ou tout simplement de l'application de la théorie de la relativité aux résultats électoraux. Mais au-delà des effets psychologiques du matraquage des sondages, les sondeurs s'accordent tous à dire aujourd'hui qu'il faut faire un usage circonspect de leurs enquêtes, pour quelques raisons techniques : La cristallisation du vote se fait de plus en plus tardivement. Parce que la politique nationale, débat sur pouvoir d'achat ou sur la vie privée du président a vampirisé la campagne municipale, parce qu'on est encore en période de vacances scolaires, les Français commencent seulement à réaliser qu'ils votent dans 6 jours. Pour beaucoup, ils découvrent leurs candidats et leur programme. 1 parisien sur 3 peut encore changer d'avis claironne Françoise de Panafieu qui veut encore y croire. Deuxième raison, les sondages sont généralement effectués dans les plus grandes villes, ils offrent un miroir déformant de l'immense majorité des communes. Une victoire de la gauche à Marseille ou Toulouse ne saurait suffire pour parler de vague rose, si le PS ne reprend pas dans le même temps une ribambelle de villes moyennes. Les sondages aujourd'hui ne mesurent pas la participation électorale de dimanche prochain. Or, celle ci est essentielle pour mesurer notamment l'ampleur du vote d'avertissement des français. Plus la participation sera forte, plus a priori la victoire de la gauche devrait être importante. Autre raison : pour plusieurs instituts, pas question de faire plusieurs sondages sur la même ville, ça coûte trop cher. Du coup, ils ne font qu'une photo, à un instant T des rapports de force, mais ne peuvent en apprécier l'évolution. Et quand, ils ont un 50/50 ou même 48/52 dans une ville, ils savent qu'ils sont dans "l'épaisseur du trait" comme ils disent, bref dans la marge d'erreur. Enfin, les sondages méconnaissent par essence la dynamique de l'entre les 2 tours. Le niveau du FN, la fusion des listes, l'attitude des responsables nationaux à droite et à gauche, tout cela change la donne. Sans compter que les électeurs corrigent souvent le premier tour, soit en amplifiant la victoire, c'est l'effet dit "bandwagon" en sociologie, c'est ce qui s'est passé aux régionales de 2004, soit en la contestant, et donc en l'amoindrissant, effet "underdog" observé lors des dernières législatives. Tout ça pour dire qu'à 6 jours du scrutin, que sait-on de ce qui va se passer dimanche ? Que jamais l'actuelle majorité n'a cumulé autant de handicaps pour être électoralement attractive, mais qu'un bon maire de droite bien installé dans sa ville doit pouvoir résister à l'effet vote sanction. Que la gauche, parce qu'elle avait beaucoup perdu en 2001, va mathématiquement sortir victorieuse du scrutin, mais il ne faudrait pas qu'elle croit que c'est parce qu'elle fait envie. Une seule chose est sûre dimanche, les français votent et s'ils ne sauraient faire mentir tous les sondages, ils pourraient bien une fois encore, les corriger.

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