Un avant-projet de loi sur l'autorité parentale évoque pour la première fois les « foyers composés de deux adultes de même sexe » - un avant projet qui fait débat au sein de la majorité. En réalité, c’est un tout petit débat. Non pas que le sujet soit mineur. Ce projet sur la responsabilité parentale ne constituera pas, en soit, une avancée révolutionnaire mais si, pour la première fois, (et même si c’est d’une façon pas très directe) le législateur ouvre la porte à la reconnaissance de l’homoparentalité, c’est un pas symbolique fort. Mais le débat est à droite et il est donc tout petit. Pensez... Il oppose, d’un côté, Christine Boutin, ministre du logement et présidente d’un sous parti satellite de l’UMP, uniquement destiné à rallier les catholiques un peu vieux-jeux, et, de l’autre, Nadine Morano, secrétaire d’Etat à la famille, dans le rôle de la bonne droite populaire décomplexée, gouailleuse et pas bégueule. La première a le discours classique des tenants de l’équilibre de la société qui repose sur la cellule familiale, papa/maman, beaucoup d’enfants et une Peugeot break... Elle est donc contre ce projet de loi qui permettrait à deux papas ou deux mamans (habitant le Marais, travaillant dans la com’ et mangeant des sushis), d’élever des enfants en dehors de l’indispensable exemple homme/femme nécessaire au processus de construction de l’enfant. Nadine Morano, elle, pense que les 30.000 familles monoparentales avec des enfants doivent pouvoir vivre normalement et arrêter de voter forcément à gauche. Et d’ailleurs, si ce n’est pas l’UMP qui défend ce projet, ce sera le PS et l’UMP sera, encore une fois, ringardisée sur une question de société - ce que ne supporte pas Nicolas Sarkozy ! Plus sérieusement, madame Boutin dit peut-être tout haut ce que pensent pas mal de députés UMP, mais la tendance à droite est à la modernisation sur tous les sujets de société. Que ce soit l’environnement, la lutte contre le racisme ou le droit des femmes, il n’y a plus de différence notable entre l’UMP et le PS. C’est une situation assez unique en Europe et notamment pour un pays latin. Les droites espagnoles ou italiennes sont encore très conservatrices et soumises à l’influence de l’église. Résultat : la gauche ne compte pas vraiment dans ce débat. Encore une fois, la gauche est piégée. Quand Lionel Jospin faisait voter le Pacs, il devait jurer ces grands dieux que jamais il ne favoriserait l’homoparentalité, un gros mot à l’époque, il y a 10 ans. Ça avait rassuré une partie de la droite et de l’opinion. Les mentalités ont évolué à la vitesse de l’éclair sur ces questions et maintenant, la ligne de partage sur l’homoparentalité se situe donc sur la droite de l’UMP. Alors bien sûr, les hommes et femmes politiques de gauche peuvent se sentir frustrés. Ces sujets, ces débats leur donnaient toujours l’occasion d’incarner la modernité, le mouvement de la société. C’était politiquement valorisant même quand la majorité des Français n’étaient pas encore en phase avec les avancées sociétales défendues par la gauche. Il valait mieux être un peu en avance sur l’opinion - c’était, à terme, politiquement payant. François Mitterrand, à la fin des années 70 avait très bien perçu l’intérêt de défendre une forme d’avant-gardisme sur les sujets de société quand il disait avant 1981 : « nous sommes peut-être encore politiquement minoritaires mais nous sommes déjà culturellement majoritaires ». Pour l’instant, la gauche institutionnelle française n’a pas retrouvé cette capacité à incarner les évolutions futures de nos modes de vie. Et ce mini débat, quasiment organisé à droite sur la question de l’homoparentalité, a de quoi inquiéter le personnel politique de gauche. Mais, paradoxalement, il a de quoi réjouir tous les progressistes puisque quand un sujet réputé de gauche en est à diviser la droite, c’est, tout simplement qu’il est majoritaire dans le pays !

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