**Le président a encore parlé d’identité en rappelant l’importance des racines chrétiennes de la France...Oui, le président était en visite hier dans le magnifique site du Puy-en-Velay et il a dit ceci : « La chrétienté a laissé à la France un magnifique héritage de civilisation". Soit. On peut discuter de la qualité de l’héritage chrétien mais quand on est au Puy-en-Velay, comme lorsqu’on est devant la cathédrale de Reims, devant une église romane dans le sud-ouest ou en Bourgogne, on ne peut que constater la beauté de cet héritage et s’en émerveiller. Quand on est devant le Sacré-Cœur, c’est plus discutable, une question de goût, une question aussi de sensibilité historique lorsqu’on sait par exemple qu’il a été édifié pour expier les horreurs de la Commune de Paris. Bref, l’héritage chrétien de la France ne fait aucun doute. On a tous appris à l’école le baptême de Clovis. La France était quasiment administrée, éduquée, soignée par le catholicisme jusqu’à la Révolution. Le catholicisme a nourri aussi un anti sémitisme séculaire, il a aussi engendré de grands humanismes comme ceux d’Emmanuel Mounier ou plus récemment de l’Abbé Pierre. Mais voilà, on a séparé l’Eglise et l’Etat en 1905, nous ne sommes plus la fille ainée de l’Eglise et même si l’esprit des Lumières doit certainement beaucoup aussi à la pensée judéo-chrétienne, même si un film comme "Des Hommes et des Dieux" a rencontré un formidable écho dans la population, la société française d’aujourd’hui n’est plus particulièrement chrétienne. Les catholiques pratiquants ne représentent plus que 4% de la population. Alors rappeler nos racines chrétiennes aujourd’hui, n’est pas simplement un cours d’histoire, ce n’est pas un acte anodin, c’est un message politique surtout quand on les qualifie, je cite de « magnifique héritage de civilisation ». Quel est la teneur de ce message politique alors ?C’est bien la question et comme le message n’est pas très clair, on se demande si, encore une fois, ce n’est pas plutôt une stratégie... Pour avoir un début réponse, il faut lire la suite de sa déclaration "Président de la République laïque, je peux dire cela » avant d’ajouter qu'il était "toujours dangereux d'amputer sa mémoire". On peut se demander qui nie cette mémoire ? Qui la conteste aujourd’hui? Ce qui est affirmé souvent, c’est vrai, c’est qu’il n’y a pas que l’héritage chrétien... Les Lumières, l’humanisme, la judaïté font aussi partie de ce qui a fait la France… Pourquoi relancer un débat, opposer des prétendus tenants d’une société pluriculturelle vouée à l’échec à ceux qui penseraient que les racines chrétiennes sont les plus importantes? Ce débat n’existe plus vraiment en France et, souligner comme Nicolas Sarkozy l’a fait hier « je suis président je ne vois pas pourquoi je n’aurais pas le droit de dire ça » signe la dimension tactique de sa déclaration. Affirmer une vérité suivi d’un « j’ai quand même le droit de dire ça » c’est un appel à la contestation de cette vérité. Toute vérité peut être dite mais le moment, le ton, le contexte change tout. Dites par exemple « je rappelle que nos amis allemands nous ont quand même envahi trois fois », c’est une vérité factuelle mais ajoutez « on a quand même le droit de dire ça » et tout de suite ça devient une accusation, ça créé du conflit. En plein débat sur l’islam, rapidement recyclé en débat sur la laïcité -affirmer que la France a des racines chrétiennes, puis ajouter « Président de la République laïque, je peux dire ça»- si ce n'est pas fait pour titiller les musulmans, les athées, les agnostiques… et donc lancer un débat, voire une polémique, alors c’est complètement raté.**

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