Ce matin : Claude Dilain, l’ancien maire de Clichy, décédé hier. Une figure de la politique de la ville et du logement.

La mort de cet élu exemplaire, respecté et pas assez connu du grand public, intervient à un moment clef en matière de politique du logement et de la ville… deux de ses thèmes fétiches. Ce pédiatre de Clichy, fils d’ouvrier, devenu maire en 1995, défendait inlassablement l’idée de la mixité sociale et la lutte contre la ghettoïsation citadine qui sévit depuis quelques décennies dans certaine parties du territoire urbain français… Quand Manuel Valls a parlé d’apartheid territorial, Claude Dilain pensait qu’il fallait prendre le Premier ministre au mot pour, enfin, agir vraiment. Il y a en ce moment un combat souterrain au sein du gouvernement et dans la majorité, mais aussi parmi les élus locaux de tous bords, entre ceux qui voudraient que rien ne bouge et ceux qui voudraient une action plus forte et volontariste pour casser les ghettos. Claude Dilain était de ces derniers. Il estimait qu’il fallait regrouper la politique de la ville et celle du logement, qu’il fallait passer à un nouveau stade de la loi SRU, cette loi qui impose aux communes de tendre vers 20 ou 25% de logement sociaux, selon le nombre d’habitants.

Justement, des arbitrages sont en cours à Matignon à ce sujet.

Un comité interministériel est prévu vendredi. Ce que souhaitait Claude Dilain, avec d’autres élus, comme François Pupponi, le maire de Sarcelles, c’est que l’attribution des logements sociaux ne se fasse plus au niveau de la commune mais au-delà… Entierement à celui de l’intercommunalité, afin de mieux organiser une politique dite de « peuplement » et tous les bénéfices en terme de transport, d’éducation et de sécurité que la mixité apporte. On imagine que de nombreux maires de villes plus favorisés voient cette idée d’un mauvais œil ! Dilain souhaitait aussi que les communes les plus pauvres n’aient plus l’autorisation d’attribuer des logements sociaux aux populations les plus pauvres. Une proposition choc – presque provocatrice - propre à responsabiliser les intercommunalités, à les contraindre à loger les plus en difficulté dans des communes plus riches. La mixité sociale, ce n’est pas forcément inciter les classes moyennes à habiter dans des quartiers pauvres réhabilités, mais c’est aussi permettre aux familles qui ont le moins de ressources de pouvoir se loger dans des villes mieux lotis. Pour cela, il faudrait aussi que les préfets sanctionnent vraiment les villes qui ne respectent pas la loi. Ou la détournent. Ainsi Marseille s’évertue à faire des logements sociaux dans le quartier de la Castellane, l’une des plus grandes cités de la ville dans laquelle le revenu par habitant est déjà l’un des plus bas. 45% des villes qui ne respectent pas la loi SRU, sans bonnes raisons, ne sont jamais sanctionnées. Casser les mécanismes de cet apartheid de fait doit pouvoir être imposé par l’Etat aux villes frileuses. Le meilleur hommage que pourrait rendre le gouvernement à Claude Dilain serait de s’inspirer de ses idées d’homme de terrain.

PARIS/ LE 30/111/2011 ENREGISTREMENT DE L' EMISSION " VIVEMENT DIMANCHE " SUR FRANCE 2 , PHOTO : LE SENATEUR CLAUDE DILAIN
PARIS/ LE 30/111/2011 ENREGISTREMENT DE L' EMISSION " VIVEMENT DIMANCHE " SUR FRANCE 2 , PHOTO : LE SENATEUR CLAUDE DILAIN © PHOTOPQR/LE PARISIEN/FREDERIC DUGIT/maxppp

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