Emmanuel Macron avait pris une fâcheuse habitude : répondre directement aux saillies de Matteo Salvini. Sur tous les sujets.

La fin du duel Macron/Salvini ?
La fin du duel Macron/Salvini ? © Getty / E. M. : Chesnot // M. S. : Simona Granati - Corbis

Preuve s’il en fallait soit de l’omnipotence du président, soit de la faiblesse des ministres français incapables de lui rétorquer et de le renvoyer à ce qu'il est :  ministre de l’intérieur italien. Changement de ton, hier dans son interview à la Rai, Emmanuel Macron a fait une déclaration à l’Italie sans jamais citer un seul instant Salvini ni même Luigi Di Maio. L’objectif c’était de s’adresser aux italiens pour renouer le lien. Car de l’autre côté des Alpes, un sentiment anti-français s'est développé. 

Pour la première fois depuis 8 mois, Emmanuel Macron s'est placé au même niveau que son homologue Sergio Matarella, président au pouvoir limité mais qui reste  très respecté et très populaire.

Le chef de l'Etat français était dans une démarche apaisante. Il a voulu aller au-delà des péripéties. Ecarter du bras Salvini et mettre fin à ce qui parfois s'est apparentée à une querelle futile.  

Huit mois de passes d’armes entre Paris et Rome. Morceaux choisis : Quand le président français dénonce la "lèpre nationaliste" et vise directement Salvini, ce dernier lui répond qu'il est un "très mauvais président". Lorsque Di Maio rencontre des "gilets jaunes" à Montargis, sur le territoire français. Vécu comme une provocation par l’Elysée, la France rappelle son ambassadeur en Italie. Avant de le renvoyer 8 jours plus tard. Une première depuis 1940. A l’époque ça s’était produit juste après la déclaration de guerre de Mussolini.

Des deux côtés, on a montré ses muscles. On était incapable de laisser à l'autre le dernier mot. Chacun a surjoué, parfois jusqu’à l’outrance. C'était à se demander si l’invective et la provocation n'avaient pas pris la place de la diplomatie.

Là, on s'observe. Chacun dans son coin. Et on se fixe un rendez-vous : le 26 mai. Date des élections européennes.

Manquait hier soir une question ?

La question des anciens terroristes italiens réfugiés en France. Ils sont protégés par ce que l’on appelle la doctrine Mitterrand. A l’époque, milieu des années 80, il s’agit de protéger des individus accusés de terrorisme en Italie à condition que ceux-ci aient exprimé se repentir de la violence et qu’ils n’aient pas commis des crimes de sang. Depuis mi janvier, et le retour de Cesare Battisti en Italie, Matteo Salvini réclame l'extradition des activistes d'extrême gauche des "années de plomb" qui se sont installés en France. 

Et bien curieusement la France n’a pas opposé une fin de non-recevoir à Rome. Pour Nathalie Loiseau, la ministre aux affaires européens. Il n’y a « aucune raison pour le gouvernement français de s’opposer à une éventuelle extradition d’anciens terroristes ».

La France est-elle sur le point de remettre en question la doctrine Mitterrand ? Le cas échéant, ce ne serait pas simplement revenir sur une promesse présidentielle mais sur la parole de l’Etat.

Si Emmanuel Macron veut prendre la tête des progressistes pour lutter contre les nationalismes partout en Europe, il ne faudra jamais oublier que l’humanisme en est une composante. Et parfois à vouloir essayer de se montrer plus malin que Salvini, qui brille par son opportunisme politicien, attention à ne pas tomber dans son piège. 

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