Emmanuel Macron fait encore un geste mémoriel sur la question algérienne

Il rattrape, par à-coups les incroyables retards de la France officielle sur le sujet. Alors que le général Aussaresses avait, en 2001, avoué avoir donné l’ordre d’assassiner au couteau le militant communiste Maurice Audin, puis reconnu avoir torturé et jeté par la fenêtre Ali Boumendjel, aucun président n’avait cru bon rompre avec les mensonges et dénis d’Etat. Emmanuel Macron, premier président né après la guerre d’Algérie, le fait enfin ! D’autres gestes devraient suivre. Un groupe de travail est créé pour réfléchir à la façon de réaliser les préconisations contenues dans le rapport de l’historien Benjamin Stora. Rapport qui parait sous forme d’essai : France/Algérie, les passions douloureuses. On pense par exemple à la question de la dépollution des sites d’essais nucléaires du Sahara ou à la levée des barrages juridiques à l’accès à toutes les archives militaires sur la guerre et les disparus… C’est aberrant mais cette revendication des historiens n’est toujours pas satisfaite 60 ans après l’indépendance. Le président Mitterrand est d’ailleurs responsable (en tant qu’ancien ministre de la justice et de l’intérieur plutôt répressif au début de la guerre d’Algérie) de la pusillanimité de la gauche, au pouvoir après 1981, sur les questions mémorielles. Le rapport Stora préconise aussi de songer à la mémoire des pied-noirs et des juifs d’Algérie, à l’entretien, par exemple, des cimetières.  

Mais il n’est pas question de repentance ? 

Non car les autorités algériennes, qui de leur côté ne sont pas au clair avec leurs propres mensonges sur la période post-indépendance, ne se satisferont, en réalité, d’aucun discours, tant le souvenir de la colonisation leur sert de ciment politique alors que leur autorité vacille à l’intérieur. Les présidents français (depuis Jacques Chirac) ont déjà eu des mots très critiques (c’est le moins) sur la colonisation. Mais c’est vrai qu’au-delà des discours présidentiels, la société française ne semble pas encore avoir intégré, comme un fait acquis, les conditions de sauvagerie extrême de la conquête et du maintien de la férule sur l’Algérie, les crimes contre l’humanité et l’injustice qui ont émaillé ces 150 ans de colonisation. Emmanuel Macron fait des gestes inédits, sans doute électoralement courageux. Mais c’est surtout à la société, maintenant, de lire les historiens et de se convaincre des horreurs que le Second Empire puis la République ont commis jusqu’en 1962. Une mémoire dure à appréhender sereinement puisque que des millions de Français sont descendants des Européens d’Algérie et de harkis. Or, il ne s’agit pas d’eux, individuellement, qui, bien souvent, étaient des prolétaires nés dans un système qu’ils n’ont pas choisi avant d’être déracinés de force. S’accorder sur la réalité historique ne sera pas aisé. Il suffit de lire le tweet de Marine Le Pen hier, qui reprochait à Emmanuel Macron d’être dans la haine de soi et appelait à cesser cette repentance rampante pour retrouver la fierté d’être français. Comme si la fierté d’être français ne pouvait pas résider dans le fait de regarder honnêtement la réalité de notre histoire. Le travail de mémoire s’avère encore incertain et titanesque.  

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