Les Français plébiscitent Barack Obama et pourtant, la France est largement en retard sur la question de la diversité en politique. Ce constat saute aux yeux de tous : la France a beau être un pays laïc et qui ne reconnaît pas l'idée de race, nous restons largement monochrome dans notre représentation politique. Dans notre pays hyper-centralisé, l'exemple doit venir d'en haut. Lionel Jospin a fait louper le coche à la gauche et à la France en 97. Que n'a-t-il imposé par exemple le talentueux Harlem Désir à un portefeuille régalien ? Si les socialistes ont présenté plus de candidats issus des minorités que l'UMP lors des derniers scrutins locaux, c'est Nicolas Sarkozy qui a eu l’audace de diversifier le gouvernement de la France. Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara : ces trois femmes banalisent l'idée que notre pays est, et sera, un pays métissé. Mais il semble que ce soit plus facile de nommer des ministres black ou beur que de les proposer aux suffrages. C'est là où nous sommes très en retard sur les Américains. Outre la différence de structures entre nos sociétés, la raison est à chercher aussi dans la nature du rapport que les citoyens ont avec leur personnel politique dans nos deux pays. En 2004, un journaliste demandait à Colin Powell, l'ancien secrétaire d'État noir de George Bush, s'il avait dans l'idée de se présenter à l'élection présidentielle. Il avait répondu : "Ma femme ne veut pas parce qu'elle est persuadée que je serais assassiné avant le jour du scrutin". Cette réponse m'avait paru, sur le moment, totalement paranoïaque mais en fait, elle correspondait à une réalité : une partie de la société américaine, certes très minoritaire mais ultra déterminée, ne supporterait pas que son pays soit dirigé par un noir. Si, chez nous, un homme ou une femme politique noire ou d'origine maghrébine, était candidat à la Présidence, personne ne penserait qu'il risquerait beaucoup plus qu'un autre de se faire assassiner. Il risquerait simplement de n'avoir aucune chance d’être choisi pour représenter son camp ! Voilà la différence ! Aux États-Unis, Barack Obama risque de se faire assassiner, et en même temps, il est sur le point de se faire élire ! Ce que les physiciens appellent le « champ des possibles » est plus important aux Etats-Unis qu’en France ! Cette différence en dit long sur nos deux modèles d’intégration ! La France qui, comme le disait l'historien Fernand Braudel "se nomme diversité", se réconcilierait un peu avec elle-même si ses élus lui ressemblaient d'avantage : Et il y a du boulot ! Il suffisait de les voir les 904 parlementaires réunis en Congrès à Versailles en juillet. C’était l’occasion de constater la catastrophe, le scandale ! Une armée de quinquas et sexagénaires masculins, blancs en costume gris. Alors c’est vrai que Barack Obama est le seul noir du Sénat américain. Mais ils sont beaucoup à la chambre des représentants. En tout il y a près de 10.000 élus noirs aux Etats-Unis. Seulement, bien souvent, ils représentent des territoires quasiment exclusivement noirs. C’est le reflet d’un certain communautariste. Un modèle que la France n’aurait pas intérêt à imiter. Si donc il est difficile de comparer et de juger deux modèles, on peut juste constater que le modèle américain, produit aujourd’hui un candidat métisse en passe de l’emporter dans une Amérique majoritairement blanche. La leçon est là ! Et si Barack Obama est élu, cela pourrait produire un électrochoc dans le monde politique français. Il y a beaucoup de signes qui montrent que la population française est prête -peut-être plus que ses élites politiques- à jouer la diversité.

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