Le choc provoqué par l’annonce d’un référendum, en Grèce, puis par son retrait est l’illustration d’une guerre ancestrale…

C’est un épisode de plus de la guerre entre la politique et l’économie… une compétition, si l’on veut être moins martial… vous savez le genre de compétition inégale, comme au foot, ou l’Allemagne gagne toujours à la fin. Cette compétition entre économie et politique est décrite depuis des siècles par les penseurs de la politique ou de l’économie. Les politiques volontaristes de la reconstruction après la guerre, le programme du Conseil national de la Résistance ou le plan Marshall semblaient consacrer, enfin, la domination du politique sur l’économie. L’économie était l’instrument d’une politique. Et puis, le libéralisme et le néo-libéralisme triomphant de la fin du siècle dernier semblaient avoir sonné le glas de la politique. La politique était devenue une activité ringarde. On avait même nommé le professeur d’économie Raymond Barre, piètre politique, au poste de premier ministre parce qu’il était, dixit le président Giscard d’Estaing, « le meilleur économiste de France ». L’économie imposait ses règles et ses buts. L’économie était alors perçue comme un système qui fabriquait naturellement les équilibres nécessaires à la production et à la répartition des richesses. Moins il y avait de politique, moins il y avait d’Etat… plus le système était pur. Il fallait que la puissance publique se désengage, privatise. L’Etat, donc la politique, était un problème, pas une solution. Pour une société éminemment politique et jacobine comme la nôtre, c’était sans doute encore plus dur à digérer.

A chaque élection présidentielle, on nous dit que le politique va reprendre le dessus !

Oui, à chaque fois c’est le fol espoir du retour du politique. En 1981 la politique prenait sa revanche… pas pour longtemps. Fin 82 c’est l’économie qui gagnait la belle avec le tournant de la rigueur. L’élection de Nicolas Sarkozy en 2007 s’est faite aussi sur cette promesse : un homme, volontariste qui nous dit « ensemble tout est possible ». Peu après, le slogan de Barack Obama est « Yes We Can »…on peut, c’est possible… comme si le principal message que tente de faire passer n’importe quel candidat était de nous convaincre que l’action politique a encore un effet. Mais le déferlement des événements économiques depuis 2008 les montre plutôt au volant d’un véhicule dont les commandes ne répondent plus. Parfois ce sont les peuples, eux-même qui arrivent à remettre un peu la politique devant l’économie… c’est ce que tentent de faire les mouvements des indignés à travers le monde. Si ce soir, sous la pression des indignés de Wall Street qui sont populaires aux Etats-Unis, Barack Obama annonce qu’enfin, il ne s’oppose plus à la taxation des transactions financières, ça en sera un tout petit exemple. Un exemple de ce que Keynes, pourtant économiste, souhaitait déjà au début du vingtième siècle quand il disait : « Les économistes sont au volant de notre société alors qu’ils devraient être sur la banquette arrière ».

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