Oui, les réactions violentes, les oppositions aux projets votés par des assemblées (nationales ou territoriales) comme la taxe carbone ou le barrage de Sivens (adoptés, dans les deux cas, à la quasi-unanimité) posent la question de la qualité de notre démocratie.

Ces deux cas sont deux réactions contradictoires : l’une anti-écologiste, l’autre pro-écologiste… qui prouvent que, sur ce thème, nous avons une grande difficulté à faire vivre la démocratie réelle. L’écologie est un sujet particulier parce qu’il produit un discours assez consensuel depuis quelques années. Tout le monde, ou presque (à droite et à gauche), est maintenant convaincu qu’il faut lutter contre le réchauffement de la planète, changer de mode de production et de consommation d’énergie. Et pourtant, l’application de ce discours accepté s’avère souvent impossible. La démarche de Nicolas Hulot est, à cet égard, significative. Cet écologiste, poli, populaire et ami des puissants, a fait beaucoup pour convaincre la population et les élites politiques intégrées qu’il faut, d’urgence, faire évoluer la nature même de la croissance. Le passage à l’acte est plus compliqué. Et c’est vrai qu’il y a une contradiction flagrante, et peut être inévitable, entre une action déterminée en faveur de la croissance pour relancer l’emploi tout de suite, et un autre discours sur la nécessité vitale de créer un autre modèle écologiquement plus responsable. Cette contradiction met la société sous tension sur ces sujets.

Cette situation favorise une forme d’extrémisme écologiste,

Oui, comme la transition écologique suppose la fin d’une certaine forme d’organisation sociale, des groupes extrémistes, qui ne trouvent plus d’attrait aux expériences collectivistes, se nichent dans le débat. Ils trouvent des soutiens, des mansuétudes inattendues parmi des écologiques que l’on croyait intégrés à la société politique classique. Les partis classiques sont lents à sortir de leur culture productiviste quand les écologistes sont lents, de leur côté, à sortir de leur culture protestataire. Le problème, c’est que la progression des idées écologistes est assez erratique. Localement, le PS et l’UMP sont beaucoup plus allants pour imposer une raréfaction de la voiture par exemple. Les maires UMP, comme Alain Juppé à Bordeaux, UMP et PS successivement à Strasbourg, Jean-Marc Ayrault à Nantes, Bertrand Delanoë, puis Anne Hidalgo à Paris, ont pris des décisions courageuses. Ce même courage, on le retrouve dans les mots de la France au niveau international. Le discours de François Hollande à l’ONU était un modèle de prise de conscience. Les discours qui accompagnent la préparation de la conférence climat à Paris en 2015 sont de même nature. Mais transposer ce courage local et international au niveau national… nous en sommes loin. Le coût politique est trop incertain. Nous avons donc atteint un point modal de la contradiction entre deux logiques. Et il n’est pas certain que le président de la République soit pressé de le trancher.

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