Ce matin, un thème qui monte dans le débat politique : le manque d’autorité de l’Etat…

Oui, c’était l’accusation portée hier par N.Sarkozy dans le Parisien, c’est aussi ce que répètent maintenant B.Le Maire, V.Pecresse, X.Bertrand à longueur de meetings pour la primaire ou les régionales. L’analyse de ce durcissement de la droite nous amène à dire, presque de façon mécanique, que face à la menace FN, il ne peut y avoir que surenchère sécuritaire, concours de propos d’autorité virile. C’est toujours comme ça, quand la popularité d’une personnalité de droite a un petit coup de mou (c’est le cas de Sarkozy et peut-être un peu de Le Maire, en ce moment) le plus efficace, à court terme, c’est de bomber le torse et de sur jouer le parti de l’ordre… Et en pleine campagne, on passe vite d’un discours d’autorité à un discours autoritariste qui frise le simplisme. Quand B.Le Maire en arrive à dire que la police reçoit des ordres pour ne pas intervenir contre les délinquants, mais n’hésite pas à harceler les braves gens pour un 52Km/h au lieu de 50, il cède à la facilité de son camp. Mais il ne faudrait pas que ce constat classique masque la réalité de l’état de l’opinion que rencontrent les candidats, de gauche comme de droite, sur le terrain. Et Bruno Le Maire est sans doute celui qui sillonne le plus la France en ce moment.

Et que disent ces candidats en campagne ?

La vraie campagne n’a que quelques semaines mais c’est assez pour confirmer ce que tout le monde ressent : les candidats sont tous impressionnés et parlent de la progression des incivilités dont se plaignent les gens, de l’atmosphère d’agressivité croissante, de la dégradation des rapports sociaux, de la montée des trafics, du sentiment d’impunité, de cette impression de défit permanent vis-à-vis de tout ce qui peut représenter une autorité, des replis identitaires, de l’angoisse devant les images de migrants et réfugiés. Les élus, les candidats, sont défiés parce qu’ils représentent la puissance publique, ou alors –plus souvent- on leur reproche de laisser s’installer une atmosphère d’impunité. Quand ce sont des élus modérés, peu adeptes de la simplification sécuritaire, qui vous racontent leurs impressions de campagne, l’analyse de la posture de droitisation tactique n’est plus, à elle seule, pertinente. Il y a une vraie demande d’autorité, de restauration d’un ordre civique de base. La gauche –élus souvent de villes populaires- ne découvre pas cette situation. M.Valls en est l’illustration. Mais la gauche pense que la restauration de l’autorité se fait d’abord par un changement de contexte économique. Que sans emploi, sans un modèle social efficace, l’apaisement de la société, l’ordre républicain, n’est pas possible. Seulement sa critique de la surenchère sécuritaire de droite est inaudible tout simplement parce que la gauche est incapable (pour l’instant du moins) d’améliorer le contexte économique et social, c’est-à-dire, de faire ce pourquoi elle a été élue. Le parti du mouvement, de la transformation sociale, la gauche, se montre inefficace. Place donc, c’est la loi de la nature politique, place au parti de l’ordre et de l’autorité. C’est celui-là qui s’exprime, en ce moment, sans entrave ni complexe.

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