Ce matin... l’essoreuse à débats. Une essoreuse c’est pratique pour la salade ou certaines expériences chimiques. Par la force centrifuge, on sépare certains éléments d’un tout, selon leur densité. On déstructure, on simplifie.

Avec une centrifugeuse, on sèche la laitue ou on traite l’uranium. Mais ce qui est bénéfique pour la salade ou le nucléaire est désastreux pour les idées. Or, nos débats sont soumis à cette force centrifuge via le tout-info et les réseaux sociaux. Les idées sont plaquées aux extrémités, sur les parois, asséchées, débarrassées de leur complexité et de la nuance. Les débats polémiques sur Cnews, à toute heure, ne réunissent que quelques dizaines de milliers de téléspectateurs. 

Pour dépasser la centaine de milliers, c’est à dire pour passer de minuscule à tout petit, il suffit de faire s’opposer, par exemple sur le voile, des extrémistes de tous bords, leurs relais enragés sur les réseaux sociaux démultiplieront l’énervement diffusé... et donneront le sentiment qu’il est généralisé ! 

Un sondage forcément binaire viendra tirer encore la ficelle de l’essoreuse. Une pensée plus nuancée devient inaudible passée par le système tout-info-réseaux-sociaux qui tourne en permanence et de plus en plus vite et sur lui-même. On y réagit aux réactions des réactions, en spirales accélérées ! 

Expliquer tout simplement que la progression du port du voile est préoccupante, qu’il faut combattre culturellement l’obscurantisme, c’est être suspect d’islamophobie zemmourienne. Dites cependant, qu’il serait liberticide de multiplier les interdits du voile, dénoncez les racistes qui instrumentalisent la laïcité, vous serez rangé parmi les islamo-gauchistes. Bref, le débat sur l’islam est maintenant polarisé. La complexité se fracasse sur les parois de l’essoreuse avec les polémistes de CNews ou de Valeurs Actuelles d’un côté et les manifestants anti-islamophobie qui diabolisent même la critique des religions de l’autre. 

Le plus étonnant, c’est de constater que le président, normalement tenant de la nuance, actionne lui aussi la centrifugeuse

Comment et pourquoi ?

Comment ? Par une absence de doctrine clairement affirmée et en choisissant, par exemple, de réserver sa première interview un peu longue sur l’islam à Valeur Actuelles sur un ton connivent. Il valorise ainsi un titre qui a très peu de lecteurs (beaucoup moins que l’Express, le Point ou l’Obs) mais doté d’une titraille tapageuse, racoleuse et extrémiste. Le président dit vouloir parler à tout le monde... Seulement là,  il confond le bruit et l’audience. 

Le pourquoi maintenant : la réponse n’est pas claire

En tout cas, son entourage même ne comprend pas l’intérêt stratégique si ce n’est de favoriser un extrême contre lequel il paraît toujours plus facile de gagner à la fin. Sauf qu’à actionner l’essoreuse, on favorise les extrêmes, toutes les bordures, au détriment du centre et surtout on abîme la fragile cohésion du pays. Emmanuel Macron, en donnant du crédit, du poids, à ceux qui ont décidé de polariser les débats, actionne l’essoreuse. C’est son mode de communication... disruptif sans doute. Résultat ? Le président voulait remettre le pays En Marche, en finir avec la culture du conflit permanent. Et bien à mi-mandat, la France parait plus crispée, fracturée... plus centrifugée que centriste.

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