"Délit d'initiés massif" à EADS révèle une note préliminaire de l'Autorité des Marchés Financiers, transmise au Parquet de Paris. Des soupçons graves qui entachent l'image de l'entreprise et qui pourraient bien tourner à l'affaire d'Etat 21 hauts dirigeants d'EADS et d'airbus visés par la note du gendarme de la bourse. 1200 autres pointés par l'AMF qui auraient empoché près de 90 millions d'euros de plus value. L'Etat français, agent régulateur et actionnaire d'Eads soupçonné au mieux de n'avoir rien vu, au pire d'avoir couvert l'enrichissement de quelques-uns. Et puis, en face, 10 000 emplois supprimés par le groupe dans toute l'Europe. Choc de chiffres et de responsabilités... Décidément EADS et Airbus cités pendant des décennies comme les fleurons de l'industrie européenne, illustrent aujourd'hui toute l'immoralité, la morgue, mais aussi sans doute la faillite de ce capitalisme financier d'état. Sale image d'abord pour ces grands patrons, toujours soucieux de lier l'importance de leurs émoluments aux risques qu'ils prennent. Et bien là, en vendant massivement des actions de leur entreprise la sachant en difficulté, ils prouveraient juste qu'ils préfèrent l'argent rapide et facile, à leur entreprise, sa santé et ses salariés. Les 8 millions d'euros d'indemnité de départ de Noël Forgeard comparés au 2,70 euros versés aux salariés d'Airbus au titre de l'intéressement avaient déjà fait hoqueter d'indignation. Il s'agit désormais d'une affaire de morale, morale personnelle de quelques-uns sans doute, mais qui entâche évidemment toute l'imagerie du "bon entrepreneur". Sale image aussi pour l'Etat français. A-t-il été passif, complaisant ou complice dans ce délit d'initié massif, si ce dernier évidemment était avéré ? Hier le ministre de l'économie de l'époque, Thierry Breton, a tenté vite fait de se dégager de toute responsabilité. "L'état n'a vendu aucune action a-t-il certifié". Certes pas d'enrichissement frauduleux au titre de l'état actionnaire, mais l'état régulateur a-t-il vraiment joué son rôle d'alerte ? A-t-il notamment laissé Arnaud Lagardère vendre 7,5% du capital d'Eads en toute connaissance de cause, connaissance des difficultés ? L'AMF en doute. Image désastreuse décidément que celle des "copains et des coquins", où tout le monde est touché : Un ex protégé de l'ex président Noël Forgeard et Jacques Chirac et un ami actuel de l'actuel président, Arnaud Lagardère et Nicolas Sarkozy. Sale image évidemment pour l'entreprise Airbus, qui n'avait pas besoin de cette publicité dans sa course contre Boeing, et ce à quelques jours du lancement commercial de l'A 380 à Toulouse. Sale coup évidemment surtout pour les salariés. Alors qu'attendre désormais ? Et bien que la justice purge en toute indépendance ce scandale d'Etat. Qu'elle détermine les responsabilités des uns et des autres, des personnes physiques et des personnes morales, celles des grands patrons et celle de l'Etat. Et que l'Etat justement, incarné aujourd'hui par Nicolas Sarkozy laisse faire, quelle que soit les conséquences politiques, industrielles, voire amicales d'une telle instruction. Pendant sa campagne, Nicolas Sarkozy avait dénoncé les comportements caricaturaux de certains patrons voyous, "je ne mettrai jamais sur le même plan avait-il dit, le prédateur et l'entrepreneur, le spéculateur et le travailleur, on ne peut pas gagner beaucoup d'argent quand on a détruit des milliers d'emplois". Voilà une promesse de campagne à l'épreuve de la réalité, à l'épreuve sans doute de son amitié pour l'un des protagonistes de cette affaire d'état, Arnaud lagardère. Epreuve de transparence. Au fait, ça tombe très très mal, et ça n'a évidemment rien à voir. Mais Rachida Dati installe ce matin à la chancellerie une éminente nouvelle commission, un groupe de travail chargé de réfléchir à la "dépénalisation du droit des affaires". Juste, ça tombe mal.

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