Le centre droit n’aura donc pas de candidat, mais il reste François Bayrou dans cet espace politique.

Oui, alors lui il n’est pas au centre droit, il est au centre-centre. Nuance! Parce que le centre est un drôle de territoire politique, pas très étendu, un rien balkanique, morcelé et aux frontières mal définies. Le centre gouverne souvent en France mais ce ne sont presque jamais les centristes qui gouvernent au premier rang. Leurs solutions de modération, d’immobilisme, diront leurs détracteurs, ou de réalisme diront leurs laudateurs, sont bien souvent appliquées par les messieurs Jourdain de gauche et de droite. Ils font du centrisme sans en avoir l’air, dans les collectivités locales ou au gouvernement. Le drame des centristes, c’est finalement que la Vème République ne fonctionne pas avec des coalitions mais avec des blocs majoritaires. Les centristes sont au centre donc, en position de charnières. Seulement voilà, une charnière ça ne sert à rien dans un régime semi-présidentiel comme le nôtre. Sous la Vème République, le centriste a quelque chose de l’idiot utile des grands partis. Regardez le bon Baylet, le radical de gauche, le sixième candidat de la primaire. Il est là pour que les socialistes puissent dire que leur primaire est la primaire de la gauche et non pas celle du PS. Grace à Baylet, Monsieur « marge d’erreur », les socialistes peuvent intituler leur compétition du glorieux nom de « primaire citoyenne ».

Les centristes ont quand même pesé sur l’ancienne majorité sénatoriale…

Oui, c’est vrai qu’au Sénat les centristes avaient cette position charnière qu’ils ne peuvent pas avoir à l’Assemblée du fait du mode d’élection des députés qui les lie au parti majoritaire. Au Sénat ils ont effectivement pesé, notamment lors des discussions sur le fichage ADN, sur la réforme des retraites ou pour pilonner le bouclier fiscal. Un homme comme Jean Arthuis présidait la commission des finances du Sénat et avait une vraie influence, mais ce travail était obscur. Dans la représentation politique française, il y a presque autant de centrismes que de centristes. Des personnages idéologiquement très proches, radicaux de gauche et de droite qui pourtant, ne peuvent pas gouverner ensemble en vertu de cette logique de blocs. Ils sont littéralement « le cul entre deux chaises », ils n’y peuvent rien, c’est la nature et les institutions voulues par le général de Gaulle qui les ont placées là. Le centriste qui était très à l’aise dans l’univers de la IVème République est, dans la Vème république, aussi à l’aise qu’un canari dans un aquarium… On l’a bien vu avec Jean-Louis Borloo. Et quand le centriste tente de se situer, on dirait un GPS fou ! Jean Arthuis avait répondu à Pascale Clark, la semaine dernière sur sont positionnement politique par une phrase qui frisait le surréalisme-géographique : « Je suis à équidistance de François Bayrou et de Jean-Louis Borloo ». Dans ce paysage informe qu’est le centre, pour l’instant un seul homme tient bon avec constance, affirmant une indépendance solide mais solitaire : c’est François Bayrou. Il a compris la logique des blocs et veut donc faire du centre un troisième bloc, auquel viendrait s’adjoindre des résidus de gauche ou des miettes de droite pour faire une majorité. Un canari, même s’il avait prévu avant tout le monde la crise des finances publiques, peut-il devenir le roi de l’aquarium ? C’est le pari de François Bayrou.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.