Vous revenez ce matin sur le cas Manuel Valls. Mardi soir, sur France 2, il se référait à Clemenceau.

Oui Manuel Valls admire et connaît parfaitement l’œuvre de celui qui s’était autoproclamé « premier flic de France » en 1906. Mais il a un peu tordu l’histoire. Le ministre de l’Intérieur expliquait, après la visite éclair de François Hollande à Echirolles, que Nicolas Sarkozy n’était pas l’inventeur des visites spectaculaires sur le terrain mais que c’était Clemenceau. S’il est vrai que Clemenceau avait innové en apparaissant publiquement autrement que pour décorer des policiers à titre posthume ou couper des rubans dans les sous-préfectures, en réalité il ne goûtait pas du tout le genre « visites compassionnelles » après un drame. C’est vrai aussi que la physionomie des médias n’était pas la même, même si la presse à gros tirage était friande de sensationnel et sensible aux manifestations d’autorités. Clemenceau a, en revanche, inventé le raid éclair sur le terrain, pour incarner l’autorité mais surtout pas dans le domaine de l’insécurité. Trois jours avant son arrivée au ministère de l’Intérieur il y a eu le terrible accident dans la mine de Courrière dans le Pas-de-Calais qui a fait plus de 1000 morts. Une grève éclate pour protester contre les conditions de travail. D’habitude, on envoyait la troupe préventivement. Clemenceau s’y refuse et va sur place pour parler lui-même aux grévistes. Du jamais vu ! Il leur dit que pour la première fois on n’enverrait pas la troupe s’il n’y avait pas de troubles. Les troubles ont quand même éclaté et la troupe a finalement été envoyée et d’ailleurs la répression fut très sévère. En fait, le vrai inventeur de la communication spectaculaire sur le terrain c’est George Mandel.

Un disciple de Clemenceau, que Nicolas Sarkozy admire.

Il a même écrit une biographie de Mandel… Mandel a inauguré la com’ des coups d’éclats avec des journalistes embarqués. C’était en 1934, avant la télé ! Mandel ministre des PTT, emmène des journalistes pour des inspections surprises dans des bureaux de poste et limoge le directeur d’un bureau dans lequel il avait lui-même constaté qu’on se tournait les pouces. La presse populaire a adoré ! Mais pour en revenir à la filiation Clemenceau/Valls sur le fond, elle est réelle et politique. Manuel Valls fait sienne la conception très stricte et très républicaine de la notion de sécurité de Clemenceau. C’est un vieux débat à gauche. Dans un livre paru l’année dernière « Sécurité : la gauche peut tout changer » ,_ Valls évoque la célèbre controverse qui opposa au parlement Jaurès à Clemenceau. De ce débat né de la répression implacable imposée par Clemenceau lors de plusieurs conflits sociaux, la gauche garde plutôt le sentiment que le « premier flic de France » est passé du coté obscur de la force. Dans la mémoire collective des socialistes, ce qui domine c’est que Clemenceau, vieux radical, est le ministre qui a fait tirer sur des grévistes. Que Valls prenne à ce point fait et cause pour l’action de Clemenceau dans ses fonctions de ministre de l’Intérieur est un signe fort et osé, vis-à-vis de son camp. Voici ce qu’il écrit :« Jaurès considère que l’ordre policier est l’ennemi du progrès, tandis que Clemenceau soutient que la réforme sociale ne peut se faire en dehors du cadre de l’ordre républicain._ ». Valls est du côté de Clemenceau. Mais « l’ordre républicain », depuis, aura justifié tellement d’excès sécuritaires qu’il va falloir que le ministre de l’intérieur (au-delà de la posture d’autorité) le redéfinisse et l’adapte à la forme moderne du désordre républicain… qui est toujours aussi un désordre social.

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