Ce matin, Thomas Legrand revient sur l’épilogue (peut-être provisoire) du clash Duflot-Valls…

Quelle leçon politique en tirer, au-delà de l’étude de la « couacophonie » et de la « couacologie » qui semble devenir la discipline dominante de l’analyse politique ? Et qui nous fait tourner autour de ces questions déterminantes comme : qui de Valls ou Duflot a gagné ? Qui de Hollande ou Ayrault a le plus perdu d’autorité à force de répéter des « que ça ne se reproduise plus ! » pathétiquement inefficaces ! De toute façon, ces polémiques se terminent généralement par un C’est Bon Pour le Front National (1 CBPFN, vous vous souvenez…). En fait, l’une des vraies leçons c’est que les politiques français en général et la gauche en particulier (s’agissant de la sécurité et de l’immigration) n’arrivent toujours pas à mettre en adéquation trois éléments constitutifs de l’exercice du pouvoir : les principes, le débat et l’action. Sur un sujet d’importance, une formation politique préparée devrait être en mesure d’agir…, selon des principes qui ont été arrêtés par un débat. Il y a donc un ordre chronologique qui paraît naturel : Un parti politique prend un sujet… la question des Roms, il en débat, se fixe des règles de conduite, basées sur des principes et sur l’observation du terrain. Le mieux c’est de faire tout ce travail pendant la période d’opposition. Le PS et les écologistes (puisque c’est eux qui sont en cause dans la polémique qui nous occupe) ont eu dix ans pour réfléchir à la question. Ils avaient le temps et les éléments pour le faire puisque, bien que dans l’opposition nationale entre 2002 et 2012, ils dirigeaient la grande majorité des collectivités locales. Toujours dans un processus idéal, après avoir débattu et établi des règles de conduite, eh bien, une fois revenus au pouvoir, l’action ne devrait pas souffrir de contestations internes. Au moins entre socialistes…

Donc, les couacs sont le résultat d’un manque de travail et de réflexion des socialistes quand ils étaient dans l’opposition ?

Exactement. Comme ils gagnaient toutes les élections intermédiaires, ils ne travaillaient pas assez sur le fond des sujets. Surtout les sujets d’immigration et de sécurité pour lesquels la gauche a tendance à croire que les principes suffisent ! Les élus locaux, confrontés aux problèmes concrets y réfléchissaient mais le PS national n’a pas réussi à être au clair. Ces dix derniers jours de polémique en attestent. L’impréparation idéologique et pratique, s’agissant de grands sujets, met souvent les politiques dans la détestable situation de devoir débattre contraints, pendant les crises. Ce fut aussi le cas lors de l’affaire Cahuzac. Ce n’était pas faute d’avoir demandé que les politiques s’emparent des questions de corruption et de transparence (sur lesquelles la France est très en retard)… il a fallu légiférer à chaud, donc mal, après un scandale particulièrement écœurant. Et -pour en revenir à la question des Roms c'est à dire à la question de l’immigration - quoique l’on ait pensé des propos de Manuel Valls, il faut lui reconnaître une supériorité sur ses camarades… il est celui qui, parmi les grands dirigeants du PS, s’est le plus intéressé à ces sujets ces dernières années. Après y avoir réfléchi et avoir interpellé ses camarades, dans l’opposition, le voilà en charge de les traiter sur le terrain…Sa parole a, de fait, plus de crédit. Si l’on doit désigner le moins perdant de cette polémique (on en revient à la « couacologie »), c’est donc assurément Manuel Valls.

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