Le malaise des Français face aux velléités d’indépendance de la Catalogne…

Les Catalans qui veulent l’indépendance (et dont on ne sait pas s’ils sont majoritaires) s’emploient, avec passion, à rassurer leurs voisins du nord : leur aspiration, disent-ils, n’est pas nationaliste, au sens où nous l’entendons de l’autre côté des Pyrénées. Ils rencontrent chez nous un gros doute, au mieux une sorte de bienveillance dubitative. La Catalogne, région la plus riche d’Espagne, veut son indépendance ! Ben tiens ! Et puis quoi, un peuple veut se singulariser, se séparer de son pays et ce ne serait pas une manifestation de cet identitarisme qui morcelle nos sociétés, de ce communautarisme qui dresse des murs ? Exprimer ce genre de doutes devant des Catalans pro-indépendance, c’est les désespérer, les attrister. « Vous ne comprenez pas notre volonté de nous séparer de l’Espagne parce que vous êtes républicains » nous disent-ils « et bien nous c’est justement parce que nous sommes républicains que nous voulons divorcer de l’Espagne ». Le mot « divorce », avec toutes ses ambiguïtés, ses raisons enfouies, pas toujours explicables, semble mieux convenir. Nul ethnicisme, même s’il y a une langue et une histoire particulière, leur nationalisme ne veut pas ressembler à un repli mais à une ouverture. Cette formule contient son lot d’hypocrisie parce qu’une volonté d’ouverture qui aboutirait à ajouter une frontière en Europe… difficilement compréhensible. Pourtant la réalité catalane est là. Le sentiment national espagnol ne s’est jamais propagé ici.

A l’inverse de la France où l’on se sent français dans toutes les régions…

En France, il y a la République, c’est le ciment principal de notre identité, en plus de la langue et du territoire. Des évènements fédérateurs ont construit cette identité : la révolution, Valmy, les tranchées de 14, la libération de 45. En Espagne rien de tout ça. Il n’y a pas eu de Libération, les plaies de la guerre d’Espagne sont toujours là. Les Franquistes ont certes perdu le pouvoir en 76, les cadres de la société franquiste se sont certes « démocratisés » mais ils n’ont pas été renversés. L’affaire n’a pas été purgée et aujourd’hui cette histoire rencontre un phénomène nouveau, celui des mouvements sociaux et politiques qui naissent, un peu partout en Europe. Les classes moyennes urbanisées se sentent enserrées dans les limites des Etats Nations de taille moyenne, comme les nôtres, trop grands pour une démocratie de proximité, trop petits pour répondre aux vrais enjeux, par exemple environnementaux. Ce qui se passe à Barcelone entre sans doute plus dans un grand mouvement d’émancipation politique des villes-mondes (même si là, il s’agit de toute une région) que dans le cadre d’un repli nationaliste. La nature des manifestations monstres d’hier en était un signe. Nulle trace de religion, de pureté nationale ou ethnique et une grande envie d’Europe. On croise des manifestants avec des pancartes implorant la compréhension de l’Europe. Le monde de demain serait fait d’un mélange de proximité et de grand large. Si c’est vrai, c’est un défi pour les Etats Nations comme les nôtres et c’est ce qui rend l’événement catalan troublant et peut-être prémonitoire. «Nation», «identité», «indépendance», les Catalans sont peut-être en train de trouver de nouveaux sens à ces mots. La nature des jours, des semaines qui viennent, ici à Barcelone, en décidera.

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