Le débat autour de l’extension de la PMA suscite moins de passions que redouté ! Beaucoup moins que celui, polarisé, du Mariage Pour Tous, il y a 6 ans. Une manifestation contre la réforme est néanmoins prévue dimanche. Vraisemblablement, elle n’aura pas le succès de celles de 2013.

Les raisons de l’apaisement bienvenu sont multiples. D’abord, les Français se sont familiarisés avec ces thèmes et les aspects complexes autour de la filiation. La révision de la loi bioéthique a donné lieu à de multiples débats préparatoires (organisés par le Comité National d’éthique) en France, largement relayés par la presse locale, ces dernières années. Chacun comprend (les pro-PMA comme les antis) que le sujet n’est pas aussi binaire que le fait d’autoriser, ou non, les homosexuels à se marier.

Et puis les sondages sont clairs : les français sont favorables à l’élargissement de la PMA

Le rapport de force dans l’opinion pourrait effectivement tuer le match. Avec le droit au mariage pour tous, il s’agissait  aussi de consacrer, par la puissance symbolique d’un débat parlementaire, l’acceptation pleine et entière de la liberté d’orientation sexuelle en France. La cohésion nationale avait besoin, à ce moment-là, d’une telle affirmation. 

C’est là que la bataille s’est menée

La violence des réactions, le bruit des manifestations, n’étaient que le râle d’un monde qui mourrait, le klaxon d’un véhicule à contre-sens. Contre la PMA… un reste d’homophobie subsiste bien sûr, mais les pro-PMA ne peuvent pas rejeter d’un revers de main  d’autres arguments. 

Les questions soulevées, tout le monde peut se les poser : Faut-il forcément, pour le bon développement de l’enfant, un papa et une maman ? Peut-il n’y avoir qu’un parent ? Quid de l’anonymat des donneurs ? Pourquoi un droit octroyé à un couple de femmes engrainerait pas, par une volonté d’égalité, le même droit octroyé à un couple d’hommes ? Auquel cas, la PMA serait le premier pas vers la GPA qui, elle-même, ouvrirait le débat effrayant de la marchandisation des corps… Sur ce point, un quasi consensus politique existe contre la GPA… et contrairement à ce qu’affirment certains anti-PMA, il n’y a pas de base juridique solide pour que l’Etat soit sommé par la justice d’instaurer la GPA pour permettre une égalité de traitement entre couples de femmes et couples  d’hommes. 

Mais la pente vers la GPA ne peut pas ne pas être envisagée dans ce débat

D’ailleurs c’est autour de ce thème, notamment sur l’idée de reconnaître ou non des enfants nés de GPA à l’étranger, que les échanges se crispent, comme ce fut le cas cette nuit dans l’hémicycle. Mais au total, la relative sérénité qui entoure les débats n’est pas due à la modération de ses opposants, plutôt au fait qu’on ne peut pas être favorable, simplement par principe, à la PMA, sans se poser des questions essentielles, philosophiques, anthropologiques. 

Signe de la qualité des débats, Jean-Luc Mélenchon qui, hors de l’hémicycle,  conflictualise à tout propos, s’est montré, lors d’une apparition la semaine dernière, parlementaire érudit, pédagogue, pour défendre le texte dans la tradition humaniste, sans agressivité aucune. Parfois le miracle de la politique opère. C’est trop rare … Alors soulignons-le.

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