Rachida Dati, la Garde des Sceaux, attend un enfant. Est-ce bien raisonnable de faire un edito politique sur le sujet ? Le domaine de la vie privée des politiques, la presse française n’a pas encore trouvé l’équilibre satisfaisant entre le respect de la vie privée et l’information, forcément intrusive. Elle n’a pas encore trouvé le point juste, qui se situe quelque part dans ce très large espace qui sépare deux attitudes excessives - celle de la presse Tabloïd anglo-saxonne qui confond transparence et voyeurisme, et la presse française pusillanime et révérencieuse, ces dernières décennies. Nicolas Sarkozy, en fréquentant le monde des peoples, en en adoptant parfois les codes, en utilisant, un temps, l’image de sa famille, a ouvert une brèche dans un mur déjà bien fendillé, notamment par toute une génération de politiques, parmi lesquels Ségolène Royal et les fameuses photos à la maternité lorsqu’elle était ministre. Quel est l’intérêt de révéler la grossesse d’une ministre ? D’abord, la presse ne révèle rien. C’est maintenant quelque chose qui se voit. Des journalistes le savaient depuis plusieurs semaines, ils n’en ont rien dit et c’est heureux puisqu’une grossesse est un événement éminemment privé et qui, au début, peut-être un état provisoire. Aujourd’hui, la chose est établie et évidente et presqu’officielle puisque "Le Figaro" de ce matin en fait son titre. La presse people s’en était emparée avec d’autant moins de scrupule que Rachida Dati a largement utilisé - quand ce n’est pas sollicité - cette presse pour relater son histoire, son formidable parcours social, quitte même parfois à prendre quelques libertés avec sa vérité biographique. Dans cette affaire, vous remarquerez d’ailleurs qu’il n’y a pas eu de course au scoop. La grossesse de Rachida Dati, de ce point de vue, est d’une toute autre nature qu’un autre événement apparemment comparable : le mariage du couple Sarkozy / Bruni. Dans ce dernier cas, même si, en France, la femme du Président n’a aucun statut officiel, elle est, de fait, la « Première dame » avec un rôle politique, un bureau, un budget... On l’a vu avec Cécilia Sarkozy lors de la libération des infirmières bulgares ou avec Carla Bruni rencontrant le Dalaï-Lama accompagnée de deux ministres. Donc quand le Président dit lors d’une conférence de presse « nous nous marierons mais vous ne le saurez qu’après », le rôle naturel de la presse est d’essayer de le savoir et de le révéler avant le communiqué officiel, c’est le jeu, c’est assez sain et en l’occurrence c’est ce qui s’est passé. Quel est l’enjeu, en terme d’image pour Rachida Dati et le gouvernement ? Vous aurez remarqué que dans cette histoire, on ne parle pas du père. Pour l’instant du moins, il n’y a pas de père affiché. Après tout, des milliers de femmes vivent cette situation en France et il était dans les intentions de Nicolas Sarkozy de former un gouvernement qui soit moderne, à l’image de la France d’aujourd’hui. Sauf que cette situation est quand même délicate à gérer auprès d’une partie de l’opinion. C’est pourquoi le Président lui-même veut maîtriser la communication autour de cette grossesse. La directrice de la communication de Rachida Dati, Laurence Lasserre, a donc quitté le ministère de la justice pour être remplacée par un proche de Pierre Charon, conseiller, ami et habitué des affaires privées et sensibles qui touchent Nicolas Sarkozy. Pour l’instant, la ligne officielle est simple. Si on ne nie rien, on se refuse aussi à tout commentaire. Si l'identité du père était connue, faudrait-il la révéler ? A priori non, sauf si le père est une personnalité d’influence dans le monde des affaires ou de la politique. Alors évidemment, des noms courent les salles de rédactions et les sites internet. Si les rumeurs se transforment en information confirmée, il nous faudra alors arbitrer. Si le père a un rôle officiel, s’il a du pouvoir économique ou une influence sur la politique française, il serait normal que le public le sache. Et encore, pas sûr que cette règle assez floue soit la bonne. Dans ce domaine, je l’avoue, je suis un éditorialiste qui doute...

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