Et l’on reparle de « morale laïque ».

Oui, évacuons tout de suite la prodigieuse stupidité proférée par Luc Chatel, (le parallèle entre cette proposition et l’idée de « redressement intellectuel et moral » de Pétain). C’est encore cette catastrophe de point Godwin qui pourrit tous les débats. Tous les ministres de l’éducation depuis 20 ans prônent un retour à l’esprit de la laïcité et le développement de l’instruction civique et parfois de la morale. Mais Vincent Peillon va plus loin en défendant l’idée d’une « morale laïque ». Ces deux mots liés sont forts et conquérants. Ils font sortir la laïcité à l’école de sa conception minimale qui se contente de garantir la neutralité de l’enseignement. Il ne s’agit plus simplement d’être neutre, puisqu’il faut, dixit le ministre, discerner le bien du mal, le juste du faux. Bref hiérarchiser et offrir un cadre, une pensée, une vision spécifique de l’homme à la jeunesse scolarisée. Cette conception très années 80 (1880), fait penser à Emile Littré ou a Ferdinand Buisson qui a défini, le premier le mot de « laïcité » en lui donnant une mission d’alternative à la morale chrétienne encore ultra-dominante à l’époque. Peillon cite souvent Condorcet… Rappelons ce que le marquis défenseur de la raison écrivait dans l’introduction de son projet de décret sur l’organisation de l’instruction publique, là c’est en 1792 : « le monde sera partagé en deux classes, celle des hommes qui raisonnent et celle des hommes qui croient, celle des hommes libres et celle des esclaves »…

Donc en accolant « morale » et « laïque », il faut entendre d’abord lutte contre l’influence des religions… ?

Oui, bien que Vincent Peillon s’en défende. Mais si les mots ont un sens, on est bien au-delà de l’apprentissage des règles de vie et de la civilité. On parle (étymologiquement, morale et mœurs ont la même racine) des mœurs de la société. C’est d’ailleurs par cette lutte que les républicains de la fin du XIXème siècle ont forgé la pensée laïque contre, comme disait Littré, le parti catholique ennemi acharné de la république à l’époque. Aujourd’hui, il y a aussi une offensive idéologique religieuse. Dans certaines banlieues c’est l’emprise de la religion musulmane qui contrecarre le projet républicain. Ce que les hussards noirs ont gagné sur le catholicisme il ne faudrait pas le perdre par le biais d’une autre religion. Le problème dans ce nouveau combat idéologique et spirituel, c’est que l’islam est devenu le refuge d’un sentiment de minorité et d’exclusion alors que le catholicisme de la fin du XIXème était dominateur et puissant. C’était la religion de l’ancien régime et toute la société était encore organisée, soignée, éduquée par elle et avec elle. S’opposer à une force dominatrice et enracinée mais déjà déclinante pour la cantonner dans la sphère privée n’est pas de même nature que de s’opposer aujourd’hui à une force minoritaire mais en pleine ascension et nourrie par la crise. Le bien, le mal, le juste, le faux, la hiérarchie des valeurs, la solidarité, la liberté : on arrivera vite à l’os. Vincent Peillon, se différencie de Nicolas Sarkozy qui plaçait le curé et le pasteur au-dessus de l’instituteur, dit, lui, qu’il ne veut pas faire de hiérarchie. Mais quand on abordera le concret, le droit des femmes, la liberté des homosexuels, il faudra bien choisir. Et là, il faudra bien oser enfin affirmer que, pour la formation du citoyen, oui, l’instituteur est au-dessus du curé et de l’imam.

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