Ce matin, Thomas Legrand évoque le livre de Valérie Trierweiler.Oui, pour constater avec consternation que l’on vient de franchir une étape qualitative supplémentaire dans la peopolisation de la vie politique… ce que l’on pourrait appeler l’arlequinisation de la vie politique… C’est l’occasion de rappeler –au passage- qu’il n’y a pas de statut de première dame en France. François Hollande aurait dû, dès le début de son mandat faire en sorte que Valérie Trierweiler n’apparaisse pas, ne joue pas ce rôle qui, en réalité, n’existe pas ! Ça aurait été cela la vraie modernité, bien plus que d’entrer à l’Elysée sans être mariée… On sera tenté de chercher des justifications honorables pour lire ce livre, pour en parler. Cette tentative de justification tient en quelques questions. Que peut nous apprendre ce livre sur le fonctionnement politique de François Hollande ? Que peut nous apprendre ce livre que nous devrions savoir sur l’homme désigné par le suffrage universel ? Ce sont en réalité des questions pièges, prétextes, hypocrites. La description d’une trahison amoureuse, ici, semble alimenter, parce qu’elle est le fait d’une journaliste politique, une analyse d’ordre plus général. François Hollande devient l’homme qui trahit. Il trahit la gauche en menant une politique néo-libérale, normal, il a trahi sa compagne. Qui a trahi, trahira. C’est l’analyse spécieuse que l’on sent poindre et qui est développée ce matin explicitement et sans vergogne dans plusieurs éditos, du Figaro à Médiapart. Et quand on entend les dirigeants de Paris Match affirmer que « Valérie ne ment pas », et vanter ses qualités de journalistes pour défendre ce récit, on est atterré. « Je me sentais parfois en reportage » dit l’auteure. Ce récit ne peut pas être un travail journalistique. C’est même exactement le contraire.Ce livre affaiblit encore la fonction de Président la République…Oui, une fonction déjà largement abîmée par ce sentiment d’impuissance qui se développe depuis, disons le deuxième mandat de Jacques Chirac. La présidence de la République perd le pouvoir, d’année en année. Ça devient même un grave problème démocratique. Impuissance que Nicolas Sarkozy tentait de masquer par une parole péremptoire et autoritaire. Le destin de la France ne se joue donc plus vraiment à l’Elysée. Et pourtant notre Constitution, rédigée au temps des plans quinquennaux et du Général de Gaulle, concentre toujours tous les pouvoirs formels, toutes les attentes de la population, toute l’attention médiatique sur les épaules d’un seul homme. Alors que l’Europe, la globalisation des enjeux, la financiarisation de l’économie lui ont, depuis longtemps, retiré des mains les manettes du pouvoir réel. La fonction de président de la République est donc structurellement devenue très fragile. Et voilà que Valérie Trierweiler lui donne un coup de boutoir pour des raisons privées, nationalise son malheur, nous impose la vision terrible qu’elle a de l’homme qui l’a rejetée. Ce livre n’a rien à voir avec les affaires publiques. Tout à voir avec le malheur d’une femme, et la façon totalement irresponsable avec laquelle elle tente de l’apaiser.

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