Wauquiez/Bertrand, ce weekend la droite a montré deux visages, deux courants peu conciliables.

Oui, L.Wauquiez, lors de son discours de candidature à la tête de Les Républicains, et Xavier Bertrand, dans une interview au JDD. Les 2 hommes partagent au moins, à l’instar de Nicolas Sarkozy en son temps, l’analyse imparable selon laquelle la droite doit retrouver un discours social. Ils estiment que l’avenir de leur camp passe par une offre politique pour les classes moyennes et populaires, actives, rurales et péri-urbaines, cette partie du pays heurtée par la mondialisation et qui serait en proie à une angoisse identitaire, alors qu’aujourd’hui, le cœur électoral de la droite, ce sont les retraités et la partie aisée de la population active. Un discours social de droite s’impose donc. Ce n’était pas le souci, ni l’analyse d’Alain Juppé. Le maire de Bordeaux ancrait son projet dans une modernité qui le recentrait et attirait les électeurs urbains, à l’aise avec la mondialisation. Ce n’était pas non plus la patte de François Fillon, conservateur pour la société mais libéral pour l’économie, ce qui en faisait le champion de la bourgeoisie classique.

Laurent Wauquiez et Xavier Bertrand … paraissent quand même aux antipodes l’un de l’autre…

Et ils le sont ! X.Bertrand cultive une sorte de pragmatisme bonhomme pro PME qui lui fait approuver la quasi-totalité de la loi Pénicaud sur le travail. Président d’une région historiquement de gauche et populaire (élu lui-même face au FN) avec les voix de la gauche, il développe un discours social, valorise la notion de travail érigée en valeur suprême sans verser dans l’identitaire. Il se montre, sur les questions de société, entre indifférent et libéral. Un peu comme le FN au beurre, le FN du nord, plus social, alors que le FN à l’huile, celui du sud, est plus identitaire. Il en va de même pour la distinction Bertrand/Wauquiez…plus au sud donc en Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez met en avant les thèmes d’immigration et de communautarisme, reprend le terme de «territoires perdus de la République ». Il use surtout de la désormais bien vieille ficelle du « pauvre peuple de droite » muselé par une fantasmatique bienpensance, ou pensée unique. Comme si la droite culturelle et conservatrice n’avait pas ses puissants relais médiatiques, ses intellectuels et sa place débordante dans les réseaux sociaux. Le coup de la droite complexée qu’il faudrait réveiller avait sa pertinence dans les années 90/2000 peut-être, mais aujourd’hui elle est largement sortie de sa torpeur. Le Figaro Magazine, Valeurs-Actuelles et toute une flopée de sites Internet, d’universitaires et de fortes voix médiatiques, la mettent au cœur du débat public quotidiennement. Il est plutôt de bon ton, à la Une des hebdos et sur les plateaux de polémistes, de dézinguer l’universalisme des droits de l’homme ou l’anti-racisme. Le politiquement correct n’existe plus ou alors il a changé de crémerie ! C’est d’ailleurs en adoptant cette attitude victimaire dépassée, d’une pauvre droite bâillonnée, que N.Sarkozy a échoué en 2012, puis dès le 1er tour de la primaire de novembre. Bertrand (macrono-compatible) ou Wauquiez (imitateur peu imaginatif de Nicolas Sarkozy) sont les 2 pans d’une droite qui se cherche dans le cadre de la reconfiguration politique entamée en mai dernier.

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