Ce matin, un livre : Territoires vivants de la république, ed. La découverte…

Un livre qui regroupe les récits d’une trentaine d’enseignants ou de spécialistes de l’éducation, sous la direction de Benoit Falaize, historien de l’école. On y retrouve, par exemple, un texte d’Anne Angles, la professeure d’histoire de Créteil qui avait inspiré le film Les héritiers, en 2014… Les territoires vivants de la république répond à un autre ouvrage, Les Territoires perdus de la République (2002), livre collectif là aussi, qui mettait au jour (à un moment où l’on avait tendance à le relativiser) l’antisémitisme, le sexisme, l’islamisme, dans certaines écoles en périphérie des grandes villes. Ce livre-alerte était devenu une référence pour les déclinistes de tous poils. Il faut dire que son titre, les Territoires perdus de la république, suggérait une impasse et permettait de nourrir le pessimisme identitaire. 

Les auteurs des Territoires vivants de la république font un constat différent…

Ils ne se reconnaissent pas dans la description apocalyptique et sans issue de territoires et de populations qui seraient in-intégrables et hostiles à jamais... Ils ne sont pas pour autant dans le déni, ni dans l’angélisme ou le différentialisme, et c’est là que ce livre est convainquant et aussi presque rassurant, un peu d’ailleurs sur le ton de notre invité d’hier, Yannis Roder, qui osait s’affirmer relativement optimiste. Les auteurs constatent, c’est vrai, la prééminence d’une vision complotiste, du monde chez leurs élèves. Ceux-ci se méfient de la laïcité, développent un antisémitisme et un sexisme effrayant et quasi réflexe… mais les auteurs rappellent à toutes les pages qu’ils ont à faire à des enfants, des adolescents, c’est-à-dire à des citoyens pas finis, qui ne demandent, dans la très grande majorité, qu’à apprendre (même en le manifestant de façon parfois agressive). Tous ces enseignants se considèrent (comme dit l’un d’entre eux) comme des «acrobates», toujours sur la corde raide. Chacun développe des méthodes –souvent simples et humaines, faites de bienveillance et de fermeté, de confiance et d’écoute. Des mots qui paraîtront naïfs et béni-oui-oui aux tenants du retour à l’autorité fantasmée d’antan. Le plus réjouissant, c’est que tous ces profs, qui sont quotidiennement dans leurs établissements, auprès de ces élèves et des parents, expliquent que la masse de ces assignés à résidence, finalement, se socialise, ils deviennent  des citoyens grâce à l’école mais aussi grâce à leur propre énergie et volonté de s’en sortir. Tous les jours, ces profs ont devant eux des gamins débordants de vie, qui se démènent, ballotés entre la misère sociale, la pression religieuse, les communautarismes étouffants… mais qui manifestent (si l’on est assez patient et obstiné pour le déceler derrière l’agressivité), qui manifestent une volonté de s’ouvrir à la citoyenneté. Les auteurs, sans aucun angélisme, disent simplement leur amour et leur admiration pour des enfants (non pas des mineurs… des enfants, c’est important) qu’il serait criminel (parce que ce sont des enfants) de considérer comme perdus pour la république. «Il n’y a des richesses que d’hommes» disait l’économiste Jean Baudin. Les auteurs de Territoires vivants de la République démontrent… qu’en matière de richesse, les enfants de ces territoires, souvent décrits comme une menace pour la société, sont en fait un gisement précieux.

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