Ce matin vous nous conseillez la lecture d’un livre. Oui, il s’agit de "Noms d’oiseaux"… c’est le titre du livre et le sous titre, c’est "L’insulte en politique de la restauration à nos jours". De Thomas Bouchet, chercheur à l’université de Bourgogne, spécialiste de la violence politique et sociale. Chez Stock. L’étude de ce vocabulaire est à la fois réjouissante, atterrante et instructive. Elle permet aussi de relativiser quelques scandales d’aujourd’hui, si vous voyez ce que je veux dire. L’auteur reprend, au début de son livre, une liste d’insultes relevées dans les travées de l’assemblée à la fin du XIXéme siecle…voilà se qu’on s’y balançait… « Lâche, excrément, pied, allemand, gland de potence, baron de mes deux, Zola, gâteux, juif, moule à claque, olibrius, fœtus, déflaque, Dreyfus ». Au milieu de véritables insultes éternelles il y a des mots qui nous paraissent aujourd’hui plus au moins neutres et qui pouvaient être perçus comme d’horribles anathèmes suivant les circonstances et les obsessions de l’époque. « Allemand, juif » bien sur mais aussi « ruraux »… Au lendemain de la défaite de Sedan les républicains des villes insultaient les élus de province, accusés de trahison et de vouloir rétablir la monarchie : ils les traitaient donc de « ruraux »… Pendant la restauration et avant les lois liberticides de 1834, les insultes avaient pour toile de fonds la Révolution et ses crimes. La Révolution tient encore, jusqu’aujourd’hui une grande place dans les anathèmes parlementaires. On traite encore de Saint-Just les jusqu’auboutistes. Clémenceau est l’un des plus cité dans le livre de Thomas Bouchet, qui rappelle les tombereaux d’insultes que s’échangeaient le futur Tigre avec le monarchiste et nationaliste Paul Déroulède au moment de l’affaire de Panama qui, par comparaison, fait passer les débats d’aujourd’hui pour une gentillette cour de récréation de maternelle. L’autre expert de l’insulte politique c’est bien sûr Victor Hugo avec son célèbre « Napoléon le petit ». Victor Hugo à la tribune en 1851, puis en exil ne lâchera plus sa proie quand Louis Napoléon Bonaparte, président de la République deviendra empereur : « Napoléon le petit, l’Embryon, Naboléon, Cesarion, Augustule, Pygmée, Avorton ». Est-ce qu’il y a des constances dans l’insulte politique ? Oui, à la lecture de ce livre, on s’aperçoit qu’au XIX ème siècle et jusqu'à la Guerre, on se traite de lâche, de traitre, de mauvais Français. Il y a un soupçon permanant renvoyé sur l’adversaire, qui fait forcément le jeu de l’étranger. L’antisémitisme et le racisme sont très présents, le discours de Xavier Vallat en 1936 contre Léon blum et bien sûr toute la période de l’affaire Dreyfus en sont l’illustration. Après la guerre il y a encore des traces d’antisémitisme dans les insultes à l’encontre de l’éphémère président du Conseil Mendès France, pendant le débat sur l’interruption volontaire de grossesse en 76 porté par Simone Veil… mais maintenant, on se traite plutôt de raciste et d’antisémite. Ce sont ces termes qui sont devenus des insultes. L’histoire politique sert de référence pour l’insulte politique. La Révolution, bien sûr mais aussi, l’affaire Dreyfus. La seconde guerre mondiale et plus particulièrement la collaboration ; on se traite encore de « collabo », on invoque l’esprit de vichy ou de soumission, on dit facilement : c’est un « Munich social » ou un « Munich écologique » pour qualifier un abandon ou une politique qui manque de caractère… "Noms d’oiseux" n’est pas un livre anecdotique, il ne s’agit pas d’un recueil d’insultes que se sont échangées les hommes politiques ou les journalistes ou les caricaturistes depuis la restauration, même s’il y a beaucoup d’exemples savoureux, mais il s’agit d’un essai historique et même de science politique tant l’étude des insultes à travers l’histoire parlementaire française reflète les passions, les obsessions, les tabous de notre vie politique. « Noms d’oiseaux, l’insulte en politique de la restauration à nos jours », un livre de Thomas Bouchet publié chez Stock.

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