Nicolas Sarkozy va donc rendre public, cet après midi un texte-programme que l’on compare déjà à la « Lettre à tous les Français » qu’avait publié François Mitterrand en 1988.

Oui, et la réélection de François Mitterrand est régulièrement cité comme un modèle stratégique en matière de campagne pour un président sortant. Les admirateurs du maître tacticien oublient souvent que la réélection du président socialiste a été largement facilitée par la cohabitation. Jacques Chirac, son rival était Premier ministre depuis deux ans. Mitterrand avait donc les cartes en main pour résoudre une équation d’ordinaire inextricable et sur laquelle butte aujourd’hui le Président : incarner à la fois le changement nécessaire et la continuité rassurante. Le positionnement très présidentiel, la stature, la hauteur que savait inspirer François Mitterrand, jouant à fond de sa fonction, auront été ses principales forces lors d’une campagne au cours de laquelle le poids réel de la gauche n’était pourtant pas assez élevé, au départ, pour envisager une victoire sur les seuls critères politiques. La lettre à tous les Français a été le point d’orgue de cette stratégie. Un clip de campagne résumait bien l’histoire que François Mitterrand voulait raconter aux Français à ce moment là. On y voyait une série d’images saccadées, figurant un monde instable et en crise, un monde de dangers, d’aléas tragiques, de guerre, de misère et d’imprévus. Et puis l’image s’arrête net sur le palais de l’Elysée. Sur le plan suivant on y voit, en longueur, François Mitterrand, seul à son bureau, écrivant de son stylo, la lettre à tous les Français. Le calme dans la tempête, le rocher inébranlable. Contraste aggravé ! Jacques Chirac aux prises avec les mille tracas de Matignon (c’était encore l’époque où le Premier ministre était débordé), Jacques Chirac avait lui une image d’homme impulsif et peu sûr. Le coup de la lettre à tous les Français a fonctionné à merveille.

Peut-il fonctionner pour Nicolas Sarkozy ?

Au premier abord, on a de quoi être dubitatif. La description du sage, olympien et arbitral que l’on vient de faire de François Mitterrand ne colle pas tout à fait au profil du président actuel… Il butte à nouveau sur le fameux concept de « représidentialistation » qui est censé donner à Nicolas Sarkozy la vraie dimension de la fonction. Parce qu’au fond, pour être réélu président… encore faut-il l’être dans les yeux des électeurs. La gestion des crises financières européennes et des événements de Toulouse et Montauban ont densifié le personnage et alimenté la « représidentialisation »… Mais, parallèlement, il semble que, ces derniers jours, Nicolas Sarkozy dilapide cet acquis. Il multiplie les faux offs bagarreurs, les « j’vais l’exploser » et autres formules bravaches qui ne collent pas avec le personnage que l’expérience aurait densifié et assagi. Sa stratégie qui consiste à inonder le débat public de surprises et de nouvelles propositions chocs va à l’encontre de cette idée de force sereine contenue dans la lettre à tous les Français. Un peu comme si Nicolas Sarkozy voulait faire coïncider deux stratégies gagnantes mais opposées, qui ont fait leurs preuves dans des contextes différents. On ne fait pas gagner l’équipe de France de foot avec la stratégie du XV tricolore. En foot ce sont les avants qui marquent, en rugby, plutôt les arrières. Cela dit…ce sont, parfois les tactiques les plus surprenantes qui marchent. On sera vite fixé.

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