Ce matin, une drôle de question : le peuple de gauche serait-il tenté de se passer des partis de gauche ?

Oui, on sait que la population la plus fragilisée par la crise se détourne des partis classiques au profit de l’abstention ou du FN. Et si une autre partie de la population, beaucoup plus intégrée, plus active et impliquée (bien que parfois précarisée) était en train de se révolter contre le parti des classes moyennes, des corps intermédiaires, des professions intellectuelles : le PS. Le Parti Socialiste est en grand danger. De ne pas avoir travaillé, pendant ses 10 ans d’opposition, à élaborer un vrai projet de réformes cohérentes, basées sur une doctrine rénovée, et de s’être contenté de synthèses d’appareil pour que tiennent ensemble des écuries concurrentes : le PS a failli dans l’opposition avant d’échouer au pouvoir. Il a été obligé de subir les évènements et de gouverner à l’envers de ce qu’avaient compris les électeurs en 2012. Maintenant, ses forces vives, les profs, les salariés, les acteurs du tissu associatif, ne semblent plus compter sur la gauche de gouvernement. Ils sont, eux aussi, dégoutés de la politique.

Vous enterrez le PS !

C’est-à-dire qu’il y a une différence entre les électeurs de gauche et les électeurs de droite. Les premiers sont moins attachés au fait que leurs représentants aient le pouvoir formel, les manettes institutionnelles. La droite est plus attachée au pouvoir d’Etat et à l’incarnation. Si la gauche (à l’Elysée et Matignon) ne remplit pas son office et si, en plus, le pouvoir culturel lui échappe, les sympathisants de gauche voudront d’abord reconquérir le pouvoir culturel. C’est une réaction gramscienne. Gramsci, le théoricien du pouvoir culturel et de l’idéologie dominante, l’avait bien montré. Rien ne sert d’avoir le pouvoir formel sans domination culturelle dans la société. Or, en ce moment, alors que la gauche est au sommet de l’Etat, tout semble sourire à la droite ! Tous les débats (y compris ceux suscités par la majorité) semblent dominés par les conservateurs, quand ce n’est pas par les réactionnaires. La déchéance de nationalité aura été le révélateur suprême. La droite culturelle serait un peu comme était la gauche culturelle des années 70. Confusément le peuple de gauche est en train de se poser la question de savoir si, pour récupérer ce pouvoir culturel, le mieux ne serait pas d’être dans l’opposition politique? Ce réflexe, tellement contraire à leurs intérêts, les cadres socialistes ne peuvent pas le comprendre. Déjà les forces vives habituelles de la gauche font leurs affaires de leur côté, débattent sur les places devenues forum, sans rien revendiquer, comme s’il n’avait plus rien à attendre du pouvoir. Ils décident d’inventer eux mêmes autre chose, fait de circuits courts, d’initiatives locales, de vie associative. Le succès du film Demain en est l’une des illustrations. L’idée la plus puissante du moment à gauche c’est cette certitude : le changement viendra d’en bas. Pas par une révolution, ni par des élections, ni par des grèves classiques mais par une prise en main, une participation de tous, que le numérique et les réseaux sociaux favorisent. Pour l’instant ce phénomène- encore très confus- condamne au premier chef un PS resté très XXème siècle.

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