Alors ce débat à 11 ?

Ce n’était pas un débat présidentiel, nous n’avons rien appris des programmes ni même des personnalités des 4 ou 5 présidentiables présents. Mais les téléspectateurs auront découvert les petits candidats qui sont là pour interpeler, évoquer les sujets de la campagne, par leur propre –et souvent singulière- grille de lecture. On peut les classer en 2 catégories : d’un côté les 2 représentants de l’extrême-gauche et de l’autre 3 personnages animés par une sorte de foi gaullienne, détenteurs, chacun dans son style, de la pureté originelle de la pensée du général sans cesse invoquée (souvent réinterprétée à la lumière de leurs obsessions). Cette résurgence gaullienne était assez stupéfiante ! On avait l’impression que messieurs Cheminade, Asselineau et Lassalle étaient arrivés à ce débat en DS21. Mais ces 5 personnages (extrêmes gauchistes et extrêmes gaullistes) ont tenu leur rang. Philippe Poutou, dans un style foutraque, sans aucun souci de l’étiquette, a tout simplement dit leur fait à François Fillon et Marine Le Pen, s’agissant des affaires, comme aucun présidentiable n’aurait pu se le permettre. Quelques vérités ressenties par un grand nombre de Français. Rappeler que les ouvriers, les salariés, les chômeurs, dans leurs vie de tous les jours sont surveillés et doivent rendre des comptes à tout propos… opposer l’absence « d’immunité ouvrière », comme dit Philippe Poutou, à l’immunité parlementaire invoquée par Marine le Pen, aura sans doute était la « punch ligne », comme on dit, de la soirée. Nathalie Artaud, dans un style idéologiquement plus structuré, et Philippe Poutou sont les derniers, en politique, à se permettre d’envoyer balader, sans précaution, tout discours identitaire. Ils sont les seuls à oser dire dans leur conclusion (et c’est peut-être ça, aujourd’hui, le vrai politiquement-incorrect) que « non, ils ne sont pas là pour rassembler les Français ».

Et les « extrêmes-gaullistes », comme vous les appelez… qu’ont-ils apporté au débat ?

D’abord, ils ont quand même mis leur complotisme en sourdine. C’était déjà ça. Mais ils ont pointé, en rappelant, parfois de façon tatillonne (particulièrement François Asselineau), que le président qui sera élu aura bien moins de pouvoir que ce qu’il prétend, en raison de tous les traités qui nous lient. Ils étaient l’expression d’une nostalgie d’un temps où le général de Gaulle avait entre ses mains d’immenses pouvoirs et une puissante souveraineté sur les choses, une monnaie, des frontières, un plan quinquennal et un secteur public économique qui pesait. Cette nostalgie des 30 glorieuses ainsi exprimée force les présidentiables à s’expliquer, à préciser leurs propositions pour sortir de cet état largement ressenti par la population et qui mine la confiance en la politique : l’impuissance publique. Reste Jean Lassalle. Lui aussi cite de Gaulle à l’envie. Il en a l’envergure des bras, quand il les déploie pour quelques accès de lyrisme loufoque. L’homme est touchant, enraciné, humain mais parfaitement abscons, totalement confus… son apport au débat ? Une forme de dadaïsme folklorique… bref… ce débat à 11 pourquoi pas… mais je pense qu’une seule fois ça suffit.

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