Ségolène Royal rentre ce matin à Paris, après 5 jours au Proche-Orient où elle sera allée successivement au Liban, en Jordanie, à Gaza en territoire palestinien et en Israël. C'était le premier déplacement à l'étranger de Ségolène Royal en tant que candidate. Bilan ? Réussi ou raté ? "On ne peut pas gagner une présidentielle sur les affaires internationales, mais il parait qu'on peut la perdre" ne cessent de répéter tous les candidats. Alors, Ségolène Royal a-t-elle perdu la présidentielle sur ce voyage à haut risque ? Ce qui est certain, c'est que ce voyage a été pour elle un véritable baptême du feu, et qu'elle a sans doute vécu là, en concentré, tout ce qu'elle s'apprête à vivre dans les 5 prochains mois. L'attitude de la droite d'abord. Elle a cru trouver dans ce déplacement de la candidate socialiste la brêche par laquelle se faufiler, la fissure qui deviendrait gouffre et béance; la droite a tout simplement parié sur la "lipietzisation" de Ségolène Royal à l'occasion de ce voyage. "Lipietzisation", issu du patronyme Lipietz, ce candidat vert éphémère qui s'était grillé en quelques jours pendant la campagne 2002, à force de gaffes et de bévues, et qui avait dû laisser la place à un autre candidat. Quand un député du Hezbollah a comparé l'attitude des israéliens au nazisme sans susciter de réaction immédiate de la candidate française, la droite a flairé la faute, et elle a canardé : méconnaissance des questions internationales, incompétence, impréparation, faute lourde, fragilisation de la France - passons sur le "bécassine en voyage" d'un député UMP qui en dit long sur le sexisme en cours. Nicolas Sarkozy a laissé monter ses troupes, avant de lâcher un royal "je n'ajouterai pas la polémique à la polémique, mais la france a besoin d'un discours responsable". Hélas, hélas pour la droite. Cette polémique a été effacée par l'accueil reçu par Ségolène Royal, notamment en Israël. Le dîner en tête à tête avec l'influente ministre des affaires étrangères, puis la rencontre quasi présidentielle avec Ehud Olmert qui a particulièrement apprécié la position de la française sur le nucléaire civil iranien, ont dédouané Ségolène Royal de tous les procès en naïveté, incompétence, voire révisionnisme qui lui étaient faits en France. Retour à la case départ : que reste-t-il au final ? Et bien surtout une tournée très complète de la candidate dans la région, jusqu'à ce jour, aucune personnalité française d'envergure, pas même Nicolas Sarkozy ne peut se prévaloir d'un tel itinéraire, et un discours adapté à chacun de ses interlocuteurs, qui en dit long sur ses capacités diplomatiques. Alors Royal sort-elle pour autant grandie d'un tel voyage ? Il ne faut rien exagérer. Sa méthode en effet, parler avec tout le monde pour être facilitatrice de dialogue, a failli montrer ses limites. Tous les interlocuteurs ne se valent pas, ce qu'elle a d'ailleurs fini par comprendre en renoncant finalement à rencontrer le Hamas. Mais en réalité, ce qu'elle a surtout appris à connaitre au Proche-Orient, ce sont ses adversaires, Français. Paradoxalement, c'est son futur concurrent Nicolas Sarkozy qu'elle a rencontré là-bas - un concurrent prêt à tout pour la faire trébucher, et même pourquoi pas, pour la faire renoncer.

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.