Visite d'Etat en Algérie. Au grand dam de ses hôtes, Nicolas Sarkozy refuse d'y parler "repentance". Sur ce point là, précis, on ne pourra pas dire qu'il se renie, Nicolas Sarkozy. La repentance, cela n'a jamais été sa tasse de thé. On se souvient encore des colères homériques d'un Philippe Séguin ulcéré pendant le premier septennat de Jacques Chirac par les excuses à répétition du président de l'époque. Celui-ci avait prononcé des mots forts, des mots inoubliables, des mots qui changeaient le regard que la France portait sur son passé. Cela concernait sa responsabilité dans le sort fait aux juifs pendant la seconde guerre mondiale et notamment lors de la rafle du Vel d'Hiv. Mais l'ex président du RPR avait fini par concevoir ces excuses comme une atteinte à la mémoire de ceux qui avaient combattu au nom de la France. Il ne faut jamais oublier qu'aujourd'hui à l'Elysée, un homme est un trait d'union entre Séguin et Sarkozy, et cet homme, c'est Henri Guaino. Or, Henri Guaino croit la France trop grande pour avoir l'humilité de se repentir. Dès les prémisses de la polémique sur le "rôle positif de la colonisation", cet amendement incongru et infâmant glissé dans une loi sur les rapatriés qui mit le feu aux poudres des relations Alger/Paris, Nicolas Sarkozy choisit son camp. Cet amendement est une "connerie" lâche-t-il en privé. Mais en public, il refuse de tomber de l'autre côté : "cette repentance permanente, qui fait qu'il faudrait s'excuser de l'histoire de France, touche parfois aux confins du ridicule" lance-t-il en 2005. Quelques mois plus tard à Alger, il signe : "on ne peut pas demander aux fils de s'excuser des fautes de leurs pères". Alors pour ce premier déplacement en Algérie en tant que président, il est allé au plus loin qu'il pouvait aller. Ni excuse, ni repentance, mais reconnaissance tout de même d'un passé peu glorieux : "oui, le système colonial a été profondément injuste" a dit Nicolas Sarkozy au premier jour de sa visite d'état. Pour le pouvoir algérien, bien sûr, cela ne suffit pas, mais pour le président Français, c'est déjà un pas. Certains historiens l'enjoignent d'en faire un de plus pour reconnaitre que le colonialisme et la guerre d'indépendance ne sont à mettre sur le même plan, même s'il y eut des victimes des deux côtés, quand nombre de ses amis trouvent déjà que c'est un pas de trop. Mais dans cette affaire, Nicolas Sarkozy semble avoir au moins trouvé le sens de la mesure. Vous savez cette qualité qui semble si souvent l'abandonner, y compris sur la scène internationale. Félicitations, chaleureuses ou pas, cela dépend des versions, à Vladimir Poutine pour sa victoire aux législatives en Russie, quand le reste du monde occidental préfère en souligner le caractère ni totalement libre ni totalement démocratique. Allégeance en Chine pour 20 milliards de contrat, avec en prime cette scène incongrue où le président français se propose de laisser son fils aux dirigeants chinois, car le fiston a besoin, je le cite "d'autorité". Gages donnés à Idriss Déby. Tapis rouge et tente bédouine à Marigny prévus pour le colonel Kadaffi dans quelques jours à Paris ; amitié renouvelée à Omar Bongo... Nicolas Sarkozy avait parlé de rupture aussi dans sa diplomatie, il n'en fait rien. Le problème des promesses de campagne, c'est que quand vous vous faites élire, vous en devenez comptable. Il y a toujours quelqu'un pour vous les rappeler. On dira donc que jusqu'ici, sur l'Algérie, Nicolas Sarkozy est d'une constance exemplaire et inhabituelle.

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