Le Président de la République a présenté son plan anticrise, un plan économique bien sûr, mais aussi un acte politique majeur. Le Président sait très bien que c’est un moment clef de son mandat. On a l’habitude, dans l’exercice du commentaire politique, d’abuser de ces termes, « moment clef, virage décisif, semaine de tous les dangers ». Cette fois ci, c’est vrai. Cette année, nous avons eu au moins deux faux moments clef ! Le 8 janvier, lors de son unique conférence de presse, le Président détaillait en toute simplicité une politique dite de civilisation. Normalement, quand on se permet de dire qu’on va changer de civilisation, c’est un moment clef où les mots ne veulent rien dire. Hé bien oui, en politique parfois, les mots ne veulent rien dire - et « politique de civilisation », ça ne voulait rien dire ! La preuve, on en parle plus du tout. L’emphase du discours le disputait au creux du concept. Deuxième faux moment clef : le rapport Attali - tous les secteurs de l’économie allaient changer - présenté avec pompe et aplomb… moment clef bien sûr ! Ben non, il a finalement été découpé en tranches et installé sans doute sur une étagère des sous-sols de l’Elysée, où il prendra la poussière. Cette fois, c’est un vrai moment clef, parce qu’on décide de faire sauter la banque ! L’Elysée nous dit que ce plan va coûter 26 milliards d’euros (en fait, c’est un peu plus compliqué que ça, comme l’explique Philippe Lefebure dans sa chronique « L’éco du jour »). Personne ne peut dire si ça va marcher mais il faut bien tenter quelque chose. C’est un moment clef parce qu’il est sonnant et trébuchant et c’est à la façon dont la France se sortira de cette crise, dans plusieurs mois ou quelques années, que l’on dira si Nicolas Sarkozy a été à la hauteur de sa charge ou non. Avec leur relances coûteuses et sans effet en 75 et 81, Valery Giscard d’Estaing et François Mitterrand ont raté leur moment clef. Pour les résultats de celui-là, on verra plus tard. Pour l’audace et la capacité de réaction, c’est déjà vu. L’impression est positive. Nicolas Sarkozy répète qu’il est élu pour agir, la crise lui donne l’occasion de montrer sa capacité à l’action et peut même être une aubaine pour faire table rase de toutes ses promesses électorales de hausse du pouvoir d’achat, qui semblaient intenables, même avant la crise ! L’action par gros temps sied finalement à Nicolas Sarkozy puisque chacun peut comprendre qu’il n’agisse pas forcément selon les canons de son propre camps - encore que le plan dévoilé hier assume de ne pas être une relance de la consommation mais bien une incitation à investir ! Est-ce que la réélection de Nicolas Sarkozy se joue sur ce moment clef ? Non, c’est la trace que le président laissera après son départ qui se joue maintenant, pas forcément sa réélection. Par exemple, si l’on veut résumer le bilan de Jacques Chirac, si l’on veut faire le pitch (comme on dit en cinéma) des années Chirac, on dira sans doute que c’est un président qui n’a pas fait grand-chose sur le plan économique et social mais qui nous a évité la faute politique majeure de suivre les Américains en Irak. Il a été à la hauteur à ce moment clef. Donc, c’est maintenant que s’écrit une partie du « pitch » de ce que représentera Nicolas Sarkozy quelques années après son départ. Pour ce qui est des élections et des réélections, elles ont rarement à voir avec le bilan. George Bush a été réélu en 2004 avec un bilan désastreux, Edouard Balladur à échoué en 95 alors qu’une majorité de Français se disaient satisfaits de sa politique et Lionel Jospin éliminé au premier tour en 2002 après avoir réduit le chômage. La réélection c’est autre chose. Ça se passe pendant les derniers mois, voire, les dernières semaines. Le président ou le premier ministre candidat tente de ne pas faire de bêtise et de multiplier les faux moments clefs sur des thèmes de campagnes porteurs, qui lui sont généralement fournis par des études d’opinion coûteuses, réalisées avec l’argent du contribuable. Les vrais moments clefs ne permettent pas forcement d’être réélu. Mais ils peuvent définir la place du Président dans l’histoire.

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