François Hollande est à Berlin avec les dirigeants du SPD, Angela Meckel sera encore à Paris aujourd’hui… La politique française serait-elle, désormais, forcément franco-allemande ?

Il faut le croire. On n’y échappe pas. En 2007, Nicolas Sarkozy disait qu’il fallait en finir avec cet axe franco-allemand. Il vantait un partenariat particulier avec l’Angleterre. La réalité a rattrapé le Président. La rupture ne passera pas par là non plus. On a tous en mémoire les couples Adenauer/de Gaulle, Giscard/Schmidt, Mitterrand/Khol, Chirac/Schroeder… Nos deux pays, si proches sont pourtant bien différents. Le capitalisme rhénan et le capitalisme jacobin sont deux formes de capitalisme dans lesquels la puissance publique, l’Etat ou les länder, ont une place importante, par opposition au capitalisme anglo-saxon, libérale et débridé. Cependant, pour Paris, c’est l’Etat central qui doit être le seul maître à bord. Berlin a une vision différente et on l’a entendu dans le discours d’Angela Merkel vendredi au Bundestag : un budget national peut être sanctionné par une juridiction… concept indéfendable en France. Le droit prime d’un coté du Rhin, la politique domine de l’autre côté. Hier soir, sur France Inter , Bruno Lemaire, assez courageusement, disait qu’il assumait l’idée de passer d’une souveraineté nationale à une souveraineté européenne. Le président, lui (qui doit se faire réélire) n’en est pas là. Il sait que chez nous la seule perte de souveraineté qui pourrait être acceptée -à la rigueur- ne peut l’être que dans un cadre intergouvernemental…et encore, il ne faut même pas le reconnaitre. C’était toute l’ambigüité du discours de Toulon. Il y a plusieurs façons de dire les choses sans en avoir l’air. Faire l’amour, copuler, accomplir son devoir conjugal, c’est pourtant à peu près la même action… Donc… Nicolas Sarkozy nous propose d’accomplir notre devoir budgétaire avec l’Allemagne.

Et ce n’est pas tout à fait ce que propose Angela Merkel…

Non. Quand Paris parle de convergence, Berlin comprend surtout que Paris doit faire plus de rigueur pour respecter des règles strictes qui seraient renforcées par un nouveau traité. Ces différences seront aussi au cœur des discutions entre François Hollande et Sigmar Gabriel, patron du SPD si les socialistes devaient gagner les élections en France et en Allemagne en 2012. Le problème, aujourd’hui c’est le sentiment de déséquilibre. L’époque (de Giscard/Schmidt ou Chirac/Schroeder) était marquée par les relations plus égales : l’Allemagne était un géant économique et la France un leader politique. L’épisode de l’opposition à la guerre en Irak l’a bien montré. Avec la crise, l’économie prend le pas sur le politique et donc l’Allemagne sur la France. Souligner ce déséquilibre ne devrait cependant pas conduire à raviver l’anti-germanisme. Arnaud Montebourg évoque Bismarck alors que Jean-Marie Le Guen, qui a perdu sa boussole politique depuis que DSK, son mentor, a quitté la course, compare les rencontres Sarkozy/Merkel au voyage de Daladier à Munich ! Il y a malheureusement toujours sur certains monuments aux morts en France, au dessus de la liste des fusillés du village, ces mots : « n’oublions pas la Barbarie allemande »… non pas « nazie » mais « Allemande ». Ceux qui prennent le risque du comparatif entre ces époques, pour commenter l’actualité franco/allemande, sont dans le registre de la peur. Ce même registre de la peur qu’ils dénoncent, à juste titre, en parlant du discours actuel de la majorité sur la sécurité ou l’immigration.

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