Ce matin, les effets politiques de la révélation du contenu de l’accord secret entre Mittal et le gouvernement…

Il faut à l’évidence une clarification de la part du Président. Rappelons les deux lignes qui s’affrontent toujours sur ce dossier au sein du gouvernement : celle du Premier ministre, qui, au fond, ne veut pas entendre parler de nationalisation (il pense que la nationalisation n’est pas praticable dans ce cas d’espèce, et donc qu’elle n’est pas crédible même sous forme de menace), l’autre ligne, c’est la nationalisation transitoire de Mittal-Florange, le temps de céder le site à un repreneur que le ministre du redressement productif avait qualifié à l’Assemblée, de sérieux, fortuné et motivé ! Ces deux lignes ne pouvaient pas cohabiter. Pourtant, François Hollande a essayé, pour l’affichage, de faire une synthèse… Une synthèse en expliquant que ce qui avait été obtenu de Mittal l’avait été grâce à la menace de nationalisation. Cette explication pouvaient tenir, à la rigueur, jusqu’à ce que l’on s’aperçoive (grâce au Monde et au Canard enchaîné ) qu’il n’y a pas grand-chose et même quasiment rien dans l’accord, qu’il n’est d’aucune manière question de revitaliser le site.

Et hier, Aurélie Filippetti, sur cette antenne, a clairement pris fait et cause pour Arnaud Montebourg en déclarant qu’elle n’avait pas confiance en Mittal !

Oui, la fracture existe toujours au sein du gouvernement. Songez qu’Arnaud Montebourg, qui a pu voir le texte de l’accord rapidement dimanche matin, n’en a eu une copie qu’hier à 16 heures alors que son propre directeur de cabinet avait négocié le texte aux cotés du Premier ministre et dans le dos de son ministre! Arnaud Montebourg n’est plus qu’un ministre d’affichage ! Il reste parce que l’Elysée tient à ses équilibres politiques mais il est contraint au silence médiatique par Matignon. Il n’a répondu à aucune question à l’Assemblée hier et il en sera sans doute de même cet après-midi. A côté d’Ayrault et Montebourg, Copé et Fillon sont de larrons en foire ! Cette situation n’est plus tenable, vis à vis des salariés de Mittal mais plus largement, vis-à-vis de l’opinion qui est en droit de savoir quelle est la vraie politique industrielle du gouvernement. La nationalisation du site de Florange est-elle toujours une option ? Si oui, pourquoi le Premier ministre ne l’évoque jamais ? Si ce n’est pas une option, pourquoi François Hollande laisse toujours planer le doute ? Qu’en pense le ministre de l’économie Pierre Moscovici ? Dans ces types d’affaires, il y a toujours une lutte, tout à fait compréhensible, entre le volontarisme, le pragmatisme, l’audace et la sagesse. En fait, il faut un peu de ces éléments… Mais leur dosage doit, au bout du compte, donner une politique claire. Normalement ces éléments sont incarnés par des ministres différents, en raison de leur option politique ou alors de la logique du poste qu’ils occupent. Par exemple : sagesse et pragmatisme aux finances, audace et volontarisme à l’industrie… et puis c’est le Premier ministre qui tranche, avec la bénédiction du président. Dans le cas Mittal, le conflit oppose un ministre et son premier ministre. Et la bénédiction élyséenne est ambigüe. François Hollande est en train de découvrir que, dans la vraie vie économique et politique, on ne fait pas une synthèse comme on fait une synthèse, une nuit de congrès, entre deux motions du PS !

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