Vous revenez sur une phrase étonnante de Michel Rocard, lue dans le Monde d’hier…

Oui, Rocard, mentor de la deuxième gauche, défendant l’idée que le PS devait garder son nom et son identité socialiste, dit ceci : « Il est des moments où une bonne cure de gauchisme est nécessaire ». Venant d’une personnalité qui avait participé, à la demande de Nicolas Sarkozy, et avec Alain Juppé, à quelques missions politiquement transversales, sur un grand emprunt par exemple, qui incarnait une forme d’aggiornamento socialiste… voilà une drôle de sortie. Mais à bien y réfléchir ce n’est pas si étonnant. Michel Rocard, ex PSU, a toujours cultivé un gout pour l’alternatif, compatible avec ce que l’on appelle le gauchisme. Plus, en tout cas que la moyenne des socialistes qui se sont encroutés et « notabilisés » aux manettes des pouvoirs locaux et nationaux depuis 30 ans. Ce cri du cœur de Michel Rocard, à contrecourant d’une fin carrière très sage, intervient à un moment où la gauche se demande si elle peut continuer à rêver d’un monde meilleur. Ce cri est à comparer au reflexe de cette droite qui vibrait aux accents quasiment réactionnaires de Nicolas Sarkozy ces dernières semaines.

Comme si chaque famille politique se révoltait contre une forme de fatalisme ambiant !

Oui, contre un « aquoi-bonnisme » pesant, alimenté par ce sentiment que les politiques (pas simplement le président et sa majorité) n’ont plus prise sur la réalité. Que la mondialisation, la financiarisation de l’économie, l’externalisation des prises de décision, l’euro et même les caprices violents du climat, nous dépossèdent de notre destin. Etre de droite aujourd’hui c’est être obligé de supporter un inexorable délitement des valeurs familiales classiques et des traditions qui nous ont structurés ? Être de gauche, c’est sans cesse s’entendre dire que les droits, acquis de haute lutte, sont des boulets et subir l’avancée d’une société toujours plus communautarisée et moins solidaire. Être écologiste, c’est subir l’aveuglement désespérant du plus grand nombre devant l’évidence de la catastrophe environnementale qui vient. S’engager politiquement, tout simplement, se réunir avec des concitoyens pour réfléchir à la façon d’organiser la vie en commun, c’est devoir braver l’individualisme grandissant. Il y a aussi cette fatigue devant tant d’années de triangulations tactiques, d’invasion de la communication dans la politique, de formatage des discours par les éléments de langages, éteignoirs de la pensée politique. Et puis, il y a à la fin des grands hommes. L’anachronisme de la notion d’homme providentiel qui nous plonge dans un certain désarroi, une forme de vertige. En réaction, presque de survie, chaque famille politique semble se replier dans son antre idéologique. « Une bonne cure de gauchisme » pour une bonne partie de la gauche, un bon bain de réaction pour une bonne partie de la droite. Il y a bien sûr du repositionnement tactique dans ce mouvement… mais pas simplement ! Si l’on est de nature inquiète, on dira qu’à l’instar de la société, la politique vit un repli identitaire annonciateur de sévères conflits… Si l’on est plus optimiste, on analysera ce mouvement comme un nécessaire retour aux sources qui présage une revitalisation du débat démocratique…

L'équipe
Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.