Ce matin, vous évoquez la note de blog de Jean-Luc Mélenchon, commentant l’émission politique de France 2, dont il était l’invité jeudi.

Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de "L'Emission politique" le 30 novembre 2017
Jean-Luc Mélenchon sur le plateau de "L'Emission politique" le 30 novembre 2017 © AFP / CHRISTOPHE ARCHAMBAULT

Une note qui commence, comme d’habitude, par une bordée d’insultes contre les journalistes et la dénonciation d’un traquenard. Mais cette fois, la violence est inédite, il arrose à tout va de François Lenglet, "faussaire", à Edwy Plenel, "traître", en passant par Léa Salamé, "sans foi ni loi", Natalie Saint-Cricq militante et hystérique. Ça fait longtemps qu’on ne s’en formalisait plus. 

Ses saillies anti-journalistes étaient devenues un peu comme les éructations répétées d’un pilier de bar qui dézingue la terre entière au bout du comptoir, et dont le patron vous dit « laisse, il est comme ça, au fond il n’est pas si méchant ». On sait que c’est, soit une stratégie et alors nous n’avons pas à entrer dans ce jeu à chaque fois, soit un effet de son caractère éruptif, et après tout, ne faut-il pas aussi, dans le paysage politique, une soupape à la colère ? 

Mais là, il s’agit d’autre chose

Jean-Luc Mélenchon tombe de sa fonction tribunicienne pour s’écraser dans la vase complotiste et même, ce qui ne lui ressemble pas : communautariste. S’en prenant à Léa Salamé, il écrit cette phrase insidieuse : « Je ne me suis pas préoccupé de ses liens familiaux, politiques et communautaires !» « Communautaires » ! ? Que veut-il dire ? Comment Jean-Luc Mélenchon, qui venait de dire de belles choses sur l’universalisme pendant l’émission, peut-il faire allusion à de supposés "liens communautaires" d’une journaliste dont il critique le travail ? De quelle communauté s’agit-il ? Cette phrase qui ne dit pas en dit trop ! Elle est glaçante et lourde de responsabilité de la part d’un tel tribun lettré.

D’autant qu’il a une ascendance sur une partie de la jeunesse

Oui, celle qui s’est reconnue dans son discours combatif pour les bonnes causes sociales, écologistes et humanistes. Cette phrase n’est normalement pas du registre mélenchonien. Elle est (et je ne fais jamais ce parallèle, mais là…), elle est lepéniste (jean-mariste). Alors on va dire que ma diatribe est mue par un esprit corporatiste, et même, s’agissant de Léa Salamé, de camaraderie… mais non, si Léa avait été plombier zingueur (zingueuse) ou notaire, mon commentaire aurait été le même car je ne me souviens pas que Jean-Luc Mélenchon ait jamais évoqué la notion de communauté pour définir quelqu’un. 

Le fait qu’il le fasse –même en creux- mérite, en soi, une analyse politique. Je parlais jeudi avec une certaine admiration de ce magnifique petit livre sur la laïcité, écrit par le leader de La France Insoumise en 2008. L’auteur de ce livre ne peut pas être celui qui évoque les liens communautaires d’un individu qu’il critique. 

On dira aussi qu’en répondant de la sorte, on fait le jeu d’un Jean-Luc Mélenchon provocateur… Peut-être, mais mon but n’est pas de servir ou desservir Mélenchon, il est, en l’occurrence, de souligner un excès, une dérive, une contradiction politique et morale de la part de celui qui dit souvent, en substance et à juste titre : 

Lâchez-nous avec vos religions avec vos communautés, il n’y a qu’une communauté dans la République, c’est la communauté nationale...

Aller plus loin

Mots-clés :
Suivre l'émission
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.