Polémique autour de Bernard Kouchner, créée par le livre de Pierre Péan, « Le monde selon K. », publié chez Fayard. Et c'est une affaire particulièrement pénible parce que celui qui écrit ce livre a des motivations précises et qui ne sont pas - comme on pourrait le croire - la remise en cause de la traditionelle et néfaste politique dite de la France-Afrique. Il est mu par un esprit de vengeance concernant le Rwanda, sujet sur lequel, sous couvert de vouloir dénoncer un puissant, il prend fait et cause pour d'autres puissants mais qui ont l'avantage de penser comme lui. Pierre Péan défend l'idée que la France a été irréprochable dans la tragédie du génocide rwandais et il décide de se payer (pour utiliser un terme courant en matière d'affaire politique) de se payer Bernard Kouchner qui a un avis différent sur la question. Tous les journalistes spécialistes du Rwanda savent à quel point Pierre Péan peut être monomaniaque et péremptoire sur ce sujet et particulièrement virulent contre ses détracteurs. D'autre part, il y a, dans le ton de ce livre, des relents d'un nationalisme peu ragoutant : quand l'auteur décrit Bernard Kouchner qui s'assoit pendant "La marseillaise", lors d'une cérémonie, alors qu'il vibre debout, pendant le "God save the Queens", on frôle de façon assez détestable le procès en mauvais français ! Cela dit, mu par cette malsaine colère, Pierre Péan rassemble des éléments à charge dont les plus compromettants avaient déjà été révélés par le journal « La lettre du continent »: Bernard Kouchner a eu des relations d'affaire, d'argent, avec certains potentats et dictateurs africains qui ne sont pas celles que l'on pourrait imaginer d'un homme symbolisant la morale, l'altruisme et les droits de l'homme. Les missions d'études rémunérées pour Omar Bongo, le président gabonais, autocrate habitué à acheter ses opposants et à arroser une partie de la classe politique française, les missions rémunérées pour Denis Sassou Nguesso, dictateur congolais, sont réelles et pas contestées par le ministre. Mais il n'y a rien d'illégal. C'est d'ailleurs pour ça qu'il est abusif de parler de « l'affaire Kouchner ». Il y a juste un gros problème d'éthique ! De nombreuses organisations de défense des droits de l'homme ou de lutte contre la corruption demandent que Paris gèle les avoirs en France du richissime président à vie du Gabon, Omar Bongo, qui possède 33 propriétés dans l'hexagone estimées à 150 millions d'Euros. Lorsque Jean-Marie Bockel, qui était pourtant un très discret ministre de la coopération, a commencé à s'interroger poliment sur la réforme de la France-Afrique (c'est-à-dire sur la nécessité d'assainir les relations entre certains milieux d'affaires français et des régimes corrompus d'Afrique), il n'aura fallu que quelques coups de fils d'Omar Bongo à l'Elysée pour que le maire de Mulhouse soit muté aux anciens combattants, c'est-à-dire dans la pénombre du plus humiliant placard du gouvernement. Les velléités de réformer la France Afrique -promesse de campagne- n'auront duré que quelques mois et Bernard Kouchner n'a eu aucun mot pour dénoncer cet abandon. On comprend mieux pourquoi aujourd'hui. Que risque-t-il politiquement ? Pas grand chose parce que le président et le gouvernement vont le soutenir sans réserve. Ce n'est pas très risqué pour eux puisque rien n'est passible de poursuite. C'est essentiel pour le président parce que Bernard Kouchner est sa plus belle prise à la gauche, c'est le joyau du casting du gouvernement, c'est d'ailleurs la principale fonction de Bernard Kouchner. En réalité, la diplomatie française est entièrement dirigée depuis l'Elysée et plus précisément depuis le bureau du conseiller diplomatique : Jean-David Levitte. Bernard Kouchner ne sera pas mis en examen. Le livre de Péan, bien que recelant des vérités gênantes, sera critiqué, à juste titre, pour son ton douteux. Nous ne sommes pas au Etats-Unis où Barack Obama se sépare rapidement de son ministre Tom Daschle après la révélation d'un probable conflit d'intérêt qui chez nous, serait considéré comme mineur. Et puis enfin, la France-Afrique, les relations incestueuses avec les dictateurs corrompus... finalement ça ne choque pas grand monde, ni à droite ni à gauche ! Le bagou incomparable de Bernard Kouchner fera le reste.

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