A propos de la partielle du Doubs, on a beaucoup parlé du ni-ni, et on a passé sous silence un autre enseignement de ce scrutin…

Oui, on est passé rapidement sur le fait que malgré l’espoir suscité à gauche par la victoire de Syriza, aucun début de commencement de dynamique de la sorte n’a été observé lors de la partielle du Doubs. Le Front de gauche a culminé à 3.7%. Au-delà de ce scrutin, plus largement, comment se fait-il qu’il n’y ait pas le moindre signe de traduction de Syriza et de Podemos en France ? D’autant que le PS au pouvoir ne cesse de se recentrer sans résultats sur le front du chômage ? Les composantes de la gauche radicale française tâtonnent. Mélenchon, lui-même, en convient : le Front de gauche a vécu. Il s’est fracassé sur son incohérence : Opposition frontale à la politique dite « austéritaire » de François Hollande, et pourtant maintien par le PC de ses alliances locales avec le PS pour sauver ses derniers fiefs. La particularité de Syriza et Podemos, c’est d’avoir l’air de faire du passé table rase, de respirer la nouveauté et la contre-culture politique. Il ne suffira pas à Mélenchon de remiser sa cravate rouge et de parler de « caste » pour devenir le Tsipras ou l’Iglesias français… d’ailleurs, il les a précédés et ni Tsipras, ni Iglesias ne se définissent comme les Mélenchon grec ou espagnol !

Pourquoi la France, généralement très forte pour ça, ne produit plus de mouvements de protestation de gauche ?

Plusieurs facteurs. Nous sommes sous l’empire de la rigueur mais pas de l’austérité. Notre système de solidarité, quoique fragilisé, tient bon. Nous avons un modèle social puissant (contrairement aux Grecs et aux Espagnols) et nous voulons le conserver. Nous sommes donc dans un état d’esprit de conservation… doublé d’une crainte identitaire. Conservation plus crainte identitaire… ce cocktail est plus propice à la droite de la droite qu’à la gauche de la gauche. Quant au mot « caste », que Jean-Luc Mélenchon reprend désormais du vocabulaire de ses cousins du sud, il sonne bizarrement… Quand Syriza et Podemos parlent de « caste », ils visent l’entente, chez eux, entre les partis dominants, l’église, l’armée, la finance. C’est vrai qu’il y a chez nous aussi une crise de confiance terrible envers le monde politique, économique et médiatique. Mais tous les partis (parfois avec un culot sans borne) se posent en représentant du vrai peuple contre le « système ». C’était l’antienne de Sarkozy en 2012 (pourtant président du système), c’était aussi ce que signifiait Hollande avec sa tirade contre le monde de la finance. Et c’est bien sûr la matrice du discours du FN. Mais seule Marine Le Pen arrive à prospérer sur ce créneau, en réalité, largement démagogique. Le fait que le FN n’ait jamais été au pouvoir lui confère une capacité supérieure (pour le moment) à incarner la révolte et le renouveau. Au point qu’au moment où Syriza fait son entrée éclatante sur la scène politique européenne, un nouveau député FN a de bonnes chances d’être élu dimanche à l’Assemblée Nationale.

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