Retour sur l’affaire du congé de deuil d’un enfant

C’est une affaire pénible, injuste… qui révèle certes l’amateurisme politique de Muriel Pénicaud, la ministre du Travail,  mais aussi –surtout- la capacité à faire feu de tout bois (à la limite de la dignité) de certains opposants et enfin la persistance de cette pratique d’infantilisation du parlement par le président. L’injustice, d’abord, vient de ce que les députés de la majorité ont été traités de parlementaires inhumains. Imagine-t-on un instant qu’un seul des 577 députés soit opposé, pour des raisons budgétaires ou du coût du travail, à l’allongement du congé parental en cas de décès d’un enfant ? Dans quel pays serait-on ? Dans l’état actuel des choses, cet allongement est déjà pratiqué –de fait- par le biais d’arrêts maladie délivré par un médecin. Le député UDI (pour qui c’est le combat d’une vie) et qui a sincèrement fait la proposition de fixer le congé de deuil de 5 à 12 jours, pensait pérenniser et simplifier ce droit pour affronter ces terribles moments. Le gouvernement s’y était opposé (et les députés EM avec) non pas par inhumanité mais parce qu’inscrire cette disposition dans le code du travail en ferait un enjeu difficilement praticable de négociation sociale dans les entreprises ! Il paraissait plus simple au gouvernement (bonne ou mauvaise idée, peu importe) de trouver une solution juridique plus sûre en confiant à la collectivité le soin de prendre en charge cet allongement. Muriel Pénicaud n’a pas su l’expliquer. Pire, elle a évoqué (ce qui était indécent) vouloir éviter un surcoût pour les entreprises. Les députés EM se sont montrés, en réalité, professionnels sur le plan juridique, mais parfaitement amateurs sur le plan politique.

Mais pourtant, la majorité reconnait  une ‘erreur !’

Parce que le président a procédé à un hallucinant lâchage en règle de sa majorité en demandant aux parlementaires EM de faire preuve d’humanité… comme si refuser un texte juridiquement bancal était faire preuve d’inhumanité ! Les députés en question sont outrés, furieux contre le président. Ils ne se privent pas de le dire... Enfin, que des opposants utilisent cette affaire pour expliquer qu’il est dans la nature politique du macronisme – au moins par système - de refuser d’améliorer le sort des parents qui ont perdu un enfant, voilà qui dépasse les limites de l’instrumentalisation dans le combat politique. Il faut toujours prendre avec beaucoup de précaution ces amendements, ses propositions de lois isolées sur des sujets très sensibles (scolarisation des enfants handicapés, dispositions pour lutter contre les violences faites aux femmes), il se peut (c’est classique) que des députés, de la majorité et de l’opposition, veuillent sur-légiférer pour être à l’origine de dispositions généreuses et, ce faisant, proposent (par une course de vitesse) des textes plutôt d’affichage, mal ficelés, contreproductifs, juridiquement impraticables… Si le gouvernement ou la commission parlementaire compétente s’y opposent  pour ces raisons, alors il sera toujours politiquement rentable de crier à l’inhumanité. Généralement, les réseaux sociaux achèveront de crucifier ceux qui auront simplement veillé à l’effectivité de la loi. 

L'équipe
Thèmes associés
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.