Limites et dangers de la dissolution des associations extrémistes…

 Oui, la direction des libertés publiques du ministère de l’intérieur est en train de concocter un dossier pour motiver la dissolution de l’association d’extrême droite Génération Identitaire. Quant au CCIF (Collectif Contre l’Islamophobie en France), il s’est sabordé de lui-même mais 2000 de ses adhérents ont déposé un recours au Conseil d’Etat pour faire annuler la dissolution prononcée début décembre en conseil des ministres. Deux cas de dissolution qui paraissent bien hasardeux. Les conséquences de leur possible (et même probable) annulation par le juge administratif posent quelques questions. Génération Identitaire professe une forme de xénophobie… ce constat est un avis politique. En réalité cette association, toute petite (quelques dizaines de membres) fait de l’agit-prop à la frontière franco-italienne avec des banderoles. Ses membres se donnent des airs de vigies nationalistes. Sous réserve de découvertes d’actions ou de propos illégaux, on ne voit pas ce qui, en droit, pourrait justifier une dissolution. Génération Identitaire, ce n’est rien d’autre que du pitoyable lepenisme, mais sur la neige ! S’agissant du CCIF, que cette association ait une définition spécieuse du terme Islamophobie, qu’elle soit même malhonnête et manipulatrice pour caractériser des actes antimusulmans, peut-être, mais la lecture du décret de dissolution parait bien léger, en droit, pour justifier une annulation. Ne pas avoir la même définition du mot ‘islamophobie’ que le gouvernement, et même avoir un discours qui génère de la haine en ligne (ce qui est explicitement reproché au CCIF dans le décret) n’est sans doute pas suffisant pour justifier une dissolution. On peut trouver ces deux associations identitaristes tout à fait détestables et même politiquement dangereuses, cela ne suffit heureusement pas à dire qu’il faut les interdire ! Ce sera au juge de l’apprécier. Mais au gouvernement, plusieurs ministres ont de sérieux doutes quant à la solidité juridique de ces deux décrets de dissolution. 

Pourquoi prendre ces décrets s’ils ont de sérieuses chances d’être retoqués par la justice ?

 C’est un choix politique assumé par Gérald Darmanin. En affirmant vouloir dissoudre ces associations (avec l’accord du président), le ministre recueillera l’assentiment d’une large part de la population qui n’aime ni les islamistes ni les extrémistes. Si la justice annule ces décrets, Gerald Darmanin pourra toujours dire, ‘j’ai agi selon ma conscience’, la justice n’a pas suivi. Mais le rôle d’un politique au pouvoir n’est pas de chercher à aller se cogner au droit pour affirmer sa conviction, par une sorte de matamosisme vain ! Un décret d’annulation d’association n’est pas un outil de communication politique. C’est un acte administratif grave ! Si Gerald Darmanin estime que des associations comme le CCIF et Génération Identitaire doivent disparaitre, qu’il propose de légiférer en ce sens ! Mais alors il faudrait assumer de modifier la loi sur les associations... un modèle de liberté. La liberté d’association est plus importante que le cas de ces deux officines extrémistes qu’il faut surtout combattre politiquement. 

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