Vous revenez ce matin sur l’affaire « sale mec ».

Oui, on va expédier ça, parce que c’est vraiment du néant politique, pour s’interroger sur les raisons qui ont fait que cette bulle de vide a occupé tant d’espace médiatique, hier. Il faut quand même évoquer les difficultés, pour nous, d’évoluer le plus honnêtement possible dans ce monde de l’information politique en évitant la complaisance, la connivence mais aussi l’instrumentalisation… sans verser pour autant dans le cynisme ou l’hostilité de principes. Ce n’est pas toujours simple. Revenons à l’épisode du déjeuner. François Hollande n’a donc pas traité Nicolas Sarkozy de « sale mec »… On l’a expliqué…Il a fait parler le Président, imaginant Nicolas Sarkozy s’adressant aux Français dans une tirade absurde : « Je suis un président en échec depuis cinq ans, je suis un sale mec, mais réélisez-moi parce que, dans cette période difficile, je suis le seul capable … » Nicolas Sarkozy joue l’impopularité, il veut faire Churchill… c’est sa seule chance, voilà l’analyse de François Hollande, développée au cours d’un repas avec six journalistes (dont j’étais). Il nous arrive bien sûr de déjeuner avec les responsables politiques. Ces temps-ci, par exemple, Nicolas Sarkozy reçoit aussi des journalistes lors de petits-déjeuners à l’Elysée. Nous y avons aussi été, il y a quelques semaines. Sur le déjeuner de mardi, la réaction d’indignation de plusieurs ministres, et principalement de Nadine Morano (décidément) à la sortie du Conseil des ministres a, à l’évidence, été orchestrée pour déclencher une polémique utile au Président. L’opération a marché pendant plusieurs heures jusqu’à ce que les six journalistes du déjeuner donnent, au plus près, la vraie version de l’histoire.

Il y a quand même un début d’atmosphère assez irrespirable entre les deux favoris de la campagne…

Oui ce qui est inquiétant pour la suite, c’est qu’il semble que François Hollande et Nicolas Sarkozy théorisent, chacun de leur côté, une forme de victimisation qui leur serait profitable. François Hollande est persuadé que lorsque l’UMP l’attaque sur sa personnalité, sur son supposé manque de colonne vertébrale ou d’expérience, il en ressort plus fort. De la même façon, Nicolas Sarkozy, qui a observé à la loupe les deux cas de réélections réussies, 88 et 2002, se souvient de la phrase de Lionel Jospin, il y a 10 ans. Le Premier ministre avait dit, dans un avion, à une poignée de journalistes que Jacques Chirac était « vieux et usé ». Sa cote de popularité s’en est ressentie. Nicolas Sarkozy semble attendre cette faute de la part de François Hollande. Le plus frappant c’est que les deux adversaires, conscients du bénéfice qu’il peut y avoir à être une victime, n’hésitent pas, quand même, à s’attaquer l’un l’autre. Nicolas Sarkozy fait dénigrer François Hollande par ses ministres sur le thème du manque de carrure et de maîtrise et François Hollande, de son côté, justifiait, sur France 2 mardi, d’une façon pour le moins désobligeante, sa volonté d’être un président « normal » face à un candidat, je cite, qui serait « anormal ». Bref, tout se passe comme si les deux principaux candidats, qui vont, chacun être obligés de nous proposer une forme de rigueur économique et sociale, qui n’arrivent pas à cacher leur relative impuissance face à la crise, cédaient à la facilité du dénigrement. Notre boulot sera d’éviter de tenir la chronique quotidienne de ce bas…pugilat… Ça commence à faire beaucoup de résolutions en une semaine !

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