Hier Marine Le Pen a réaffirmé qu’une union avec la droite est un « fantasme »…

Oui, ce qui ne veut pas dire que la patronne du FN se trouve en dehors de la droite. Elle dira, bien sûr, que ce clivage gauche-droite est dépassé, qu’il est maintenant entre les nationaux et les mondialistes par exemple. En fait, cette prétention, ni à droite ni à gauche mais au peuple, a toujours existé à l’extrême droite. Mais, malgré le discours social, rien n’y fait, il suffit de lire le programme et surtout d’écouter les déclarations de ses dirigeants commentant le fil de l’actualité pour comprendre que les ressorts et les références de ce mouvement restent ceux de l’extrême droite autoritariste. Le libéralisme sociétal de Marine Le Pen, sur les questions comme l’homosexualité et l’avortement, sont quelques concessions à la modernité qui permettent de désenclaver sociologiquement son camp à peu de frais parce que l’opinion des classes populaires évolue à grande vitesse sur ces thèmes. Des thèmes qui, de plus, lui permettent de s’opposer au rigorisme puritain islamiste, sans pouvoir être attaqués par ce qu’elle appelle « l’establishment ». En matière économique, Bernard Monod, le député européen qui est en train de finir de peaufiner le programme du FN, explique qu’il est très libéral à l’intérieur mais protectionniste aux frontières. Il se dit capitaliste sans complexe et social en même temps. En résumé il est tout et le contraire de tout : ouvert et fermé à la fois sans crainte d’être contradictoire… lui dit pragmatique. Le retour à la souveraineté financière règlera toutes les questions budgétaires, sociales ou de compétitivité, affirme-t-il. Avec un tel programme protéiforme, aucune alliance, effectivement, n’est possible, mais tous les pillages programmatiques sont permis. D’ailleurs ni les dirigeants de la droite, ni ceux de l’extrême droite ne veulent se marier.

Marion Maréchal-Le Pen, quand même, n’est pas sur cette ligne !

Effectivement, la nièce de Marine Le Pen, s’assume de droite. Elle est très conservatrice et même réactionnaire sur tous les sujets de société et dresse des listes de personnalités LR compatibles avec le FN afin de préparer des ralliements exclusivement venus de ce côté-ci de l’échiquier. L’émergence progressive du FN depuis le milieu des années 80 a fini par installer le tripartisme. Mais la Vème République et singulièrement l’élection présidentielle à 2 tours avec seulement (contrairement aux législatives) 2 finalistes possibles, finira par faire revenir le flot de la politique française dans un lit binaire. Entre la gauche de gouvernement, la droite, et l’extrême droite, un camp risque de disparaitre. Marine Le Pen ne veut donc pas s’allier avec la droite mais la supplanter. Trump et le Brexit, victorieux avec des programmes aussi spectaculaires que contradictoires, donnent de l’espoir au FN, qui se sent en phase avec ce qui a –il est vrai- le vent en poupe dans le monde en ce moment : l’autoritarisme post-vérité, le cyber-nationalisme, la brutalité identitaire, de Washington à Ankara en passant bien sûr par Moscou où règne la nouvelle idole de Marine Le Pen… Vladimir Poutine. L’extrême droite est en forme dans le monde. 2017 nous dira si elle peut être victorieuse en France, non pas avec mais en lieu et place de la droite.

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